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LA VIOLENCE, SYMPTÔME DU VIDE !

La violence est un symptôme. Soit elle est le signe du déséquilibre qui atteint des individus dans une société saine, soit elle est l’expression d’un malaise dans la civilisation. Il faudrait espérer que le meurtre d’un militant d’extrême gauche par des skinheads appartienne davantage à la première catégorie qu’à la seconde. Les tentatives de récupération politique et les amalgames odieux pratiqués par certains, les Bergé et autres Placé, sont assez misérables à l’égard  d’un drame qui touche avant tout un jeune homme et sa famille. Lorsque de prétendues opinions ne sont que des prétextes à la provocation et à la violence, on quitte le domaine de la politique pour celui de la pathologie. Si des groupes facilitent cette dérive, ils sont connus des services de police. Il convient donc d’empêcher leur existence et leur développement. Il est malheureusement à craindre que certains, à gauche comme à droite, ne songent parfois à les utiliser, ne serait-ce que pour entacher les actions de l’adversaire. Pour avoir participé aux défilés et rassemblements de la Manif pour Tous, je peux affirmer que les participants, leurs slogans et l’ambiance n’avaient rien de violent ni d’extrémiste. Même les manifestations spontanées comme celle du 25 Mai au soir, sur les Champs Elysées tenaient davantage du chahut étudiant que de l’émeute. Que des groupes plus agressifs se soient manifestés, après la fin des cortèges, est au contraire la preuve que les organisateurs les avaient tenus à distance. Les discours tenus par le pouvoir pour tenter d’assimiler ces débordements à l’immense protestation soulevée par la loi Taubira ne peuvent que susciter des craintes sur l’éventualité de manipulations. En revanche, la répression policière a souvent été disproportionnée. Que des jeunes soient interpellés uniquement pour le port d’un T-shirt est tout simplement scandaleux. Que des personnes inoffensives soient bousculées ou aspergées de gaz lacrymogène est inacceptable. La garde-à-vue a été davantage appliquée contre ces manifestants pacifiques que contre les loubards du Trocadéro.

Surtout, la grande différence qui sépare les contestations de droite de celles de gauche est que les premières ne s’accompagnent pas de grèves ni de blocage. Ce ne sont que des moyens d’expression parfaitement légaux et non des rapports de force qui tenteraient d’imposer leurs revendications par les perturbations provoquées. La comparaison entre la loi sur la dénaturation du mariage et le CPE de 2006 est éclairante : le gouvernement de « droite » avait reculé après des manifestations qui avaient pris un tour violent, des grèves et des occupations illégales comme celle de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Cette manière de légitimer le rapport de force, comme l’a fait encore récemment le Rapporteur de la loi Taubira au Sénat, est infiniment grave car elle porte atteinte à ce qu’est l’Etat de Droit. Des avocats ont dû aller délivrer des jeunes retenus arbitrairement par la police au mépris de cet Etat de Droit. L’étymologie est parfois révélatrice : Droite n’est que le féminin de Droit, et gauche, synonyme de maladroit, se dit dans les langues plus proches du latin, « sinistre ». Les électeurs qui ramènent périodiquement cette catastrophe au pouvoir devraient y songer.

La mort d’une victime de la violence est insupportable. Ce matin, on apprenait qu’à nouveau un homme, le huitième depuis le début de l’année, avait été assassiné à Marseille. A Toulouse, un automobiliste n’a pas hésité à faucher délibérément des policiers. Ces évènements hélas trop fréquents ne vont pas émouvoir l’opinion. Pourtant, ils appartiennent, eux, non à la pathologie individuelle, mais à celle qui touche en profondeur la société entière. Que des villes, des quartiers échappent à la loi et installent un Etat de Force rejoint les idées confuses qui doivent germer dans le cerveau des Skinheads : la violence, la loi du plus fort s’imposent. Lutter contre la violence, ce cancer de la démocratie, c’est le même combat à mener sans paraître donner plus d’importance à telle forme qu’à telle autre par opportunisme politique. Mais pour le gagner, la société ne doit pas se contenter de la répression policière et judiciaire. Elle doit aussi créer les conditions d’une vie sociale où la personne trouve son épanouissement en exerçant un métier, en fondant une famille, en assumant sa liberté mais sans perdre de vue que son destin est lié à celui de la Nation dont elle est le citoyen. Parmi les erreurs commises, en l’occurrence par un Président de « droite », l’abandon du service militaire a mis fin à un rite d’initiation salutaire entre la jeunesse et l’âge adulte, celui où l’on fonde un foyer, et où on entre dans la vie active après avoir fait le bilan de ses compétences, et avoir appris un certain nombre de valeurs collectives sans lesquelles la liberté n’est que l’ère du vide.

Christian Vanneste