Ecopastille
Le 6 décembre dernier, lors de la discussion de la loi de Finances rectificative pour 2007,
M. Eric Woerth, ministre du budget a demandé aux députés de voter un amendement, qu’il avait déposé la veille, dont l’objet était d’instituer un « malus » sur l’achat des voitures neuves émettant plus de 160 grammes de CO2 au kilomètre.
Le président (PS) et le rapporteur (UMP) de la commission des finances ont fait valoir en vain que le gouvernement s’était engagé à laisser au Parlement le temps de débattre des projets issus du Grenelle de l’environnement et que leur commission n’avait pu étudier, comme c’est son rôle, l’amendement. M. Woerth a répliqué qu’ « il était important pour le Gouvernement de répondre à l’attente du marché automobile, pour des raisons purement économiques » et que «dès lors que le dispositif était politiquement arbitré, il était normal qu’il soit examiné à l’Assemblée, pour être adopté »
Des députés ont déposé des sous-amendements, soutenus à la tribune par MM. Bouvard, de Courson et Mariton pour que le malus soit calculé non par véhicule mais par siège ou en tenant compte du nombre d’enfants à charge. M. Woerth a demandé et obtenu le retrait des sous-amendements en déclarant : « le Gouvernement s’engage à mieux prendre en compte la problématique des familles nombreuses. Nous allons examiner tranquillement la question avec vous, puis avec les sénateurs dans une dizaine de jours, afin d’aboutir à un dispositif efficace mais surtout simple et lisible, ayant un impact pédagogique sur les acheteurs de véhicules. »
A la suite de ce clair engagement, l’amendement de M. Woerth a été adopté sans changement, le 20 décembre par les deux assemblées. L’explication réside-t-elle dans la déclaration suivante qu’il avait faite le 6 décembre : « Par ailleurs, monsieur Mariton, les choses ne sont pas si simples s’agissant des véhicules familiaux. Si une famille a un grand véhicule et quatre autres en plus, le bilan carbone risque de ne pas être positif. » ?
En tout cas, le bonus que recevront les acheteurs de Smart, la voiture idéale de la famille re-dé-composée, sera financée par le malus que paieront les familles nombreuses.
Lettre n°51 – décembre 2007
Le compte rendu des débats sur l’écopastille peut être consulté sur les sites :
- de
l’Assemblée nationale, à :
http://recherche2.assemblee-nationale.fr/resultats.jsp
- du Sénat, à : http://www.senat.fr/basile/rechercheGlobale.do?rch=gs&unk=%E9copastille&x=6&y=8
Nous en publions ci-dessous des extraits, après avoir souligné les passages qui nous ont paru les plus significatifs.
Précisons enfin qu’au mois de décembre BMW a vu augmenté ses ventes de 38 % et Mercedes les siennes de 70 %.
Assemblée Nationale
Deuxième séance du jeudi 6 décembre 2007 Après l’article 23
M. le président. Ie suis saisi d’un amendement, n° 278, portant article additionnel après l’article 23.
Cet amendement fait l’objet de plusieurs sous-amendements, nos 286, 291, 283, 284 et 293.
La parole est à M. le ministre, pour soutenir l’amendement n° 278.
M. le ministre du budget, des comptes publics et de la fonction publique. Avec cet amendement important, le Gouvernement propose de créer le dispositif de l’écopastille. Le Grenelle de l’environnement, conduit par Jean-Louis Borloo, a mis en évidence les avantages d’une taxe écologique sur les véhicules neufs les plus polluants, dont le produit permettrait de financer le retrait des véhicules les plus anciens et de favoriser l’achat de véhicules moins polluants.
Le dispositif comporte trois volets, dont les deux premiers relèvent du décret. Ils consistent en l’allocation d’une prime ou bonus pour toute acquisition d’une voiture neuve faiblement émettrice de CO2, avec une aide spécifique de 5 000 euros pour l’achat de véhicules dits de technologie de rupture, c’est-à-dire à motorisation essentiellement électrique. L’entrée en vigueur du bonus a été fixée au 5 décembre 2007, date à laquelle Jean-Louis Borloo a annoncé le dispositif. Toute commande passée à compter de cette date bénéficiera du bonus, auquel s’ajoutera un superbonus, ou prime à la casse, si l’acquisition du véhicule propre s’accompagne du retrait d’un véhicule de plus de quinze ans.
M. Michel Bouvard. Quinze ans ! C’est un véhicule de collection !
M. le ministre du budget, des comptes publics et de la fonction publique. Le troisième volet, qui relève de la loi, prévoit d’instituer un malus sur l’acquisition des voitures neuves les plus fortement émettrices de CO2. C’est l’objet de l’amendement que vous propose le Gouvernement. Seraient assujettis à cette taxe, en 2008, les véhicules dont le taux d’émission excède 160 grammes par kilomètre, ce qui représente environ 25 % des ventes nouvelles sur la base des chiffres 2006. Ce malus serait progressif en fonction du degré de pollution, le taux le plus élevé concernant les très grosses berlines, soit environ 1 % des ventes. Une catégorie intermédiaire serait exonérée de bonus et de malus, celle des véhicules émettant entre 130 et 160 grammes de CO2, émissions proches de la moyenne actuelle. Le dispositif serait progressivement durci en abaissant les seuils d’éligibilité au bonus et de déclenchement du malus, selon un rythme permettant aux constructeurs d’adapter leur outil de production. Dans un souci de simplification, le crédit d’impôt sur le revenu au titre de l’acquisition de véhicules propres – électriques, GNV, GPL ou hybrides – serait transformé en un dispositif budgétaire par décret.
Dans un souci d’équilibre budgétaire, le mécanisme a été construit de telle façon que les recettes du malus – 462 millions d’euros en prévisionnel – financent à due concurrence les dépenses du bonus et du superbonus, respectivement évalués à 434 millions et 26 millions d’euros. D’un point de vue macroéconomique, le pouvoir d’achat des ménages ne s’en trouvera donc pas pénalisé. Au total, et sur la base des chiffres de 2006, 75 % des véhicules neufs soit bénéficieraient d’un bonus, soit seraient exonérés de toute taxation. La gestion du dispositif serait confiée à un fonds adossé à un compte de concours financier créé à cet effet.
En résumé, ce dispositif vise trois objectifs : inciter les acheteurs à modifier leur comportement d’achat en privilégiant les véhicules à faibles émissions de CO2 ; stimuler l’innovation technologique des constructeurs en les encourageant à cibler leur offre sur les produits les plus propres ; accélérer le renouvellement du parc automobile afin de se débarrasser des véhicules les plus anciens, qui sont en principe les plus polluants.
M. le président. La parole est à M. Charles de Courson, pour soutenir les sous-amendements nos 286, 291 et 293.
M. Charles de Courson. Si nous sommes favorables à l’écopastille, nous considérons que quelques modifications sont nécessaires pour l’adapter à la réalité. À travers ces trois sous-amendements, nous essayons de traiter deux problèmes. D’abord, celui des véhicules flex-fuel, pour lesquels nous proposons deux solutions possibles aux sous-amendements nos 286 et 291. Le premier propose une exonération, ce qui n’est pas a priori un bon système. Quant au second, il propose un abattement de 85 %, puisque le flex-fuel est un carburant composé à 85 % de bioéthanol n’émettant pas de CO2 d’origine fossile. Il s’agit de ne pas taxer des véhicules écologiquement responsables.
Sans doute peut-on reprocher à notre sous-amendement de n’être pas excellent techniquement. Mais il a le mérite d’évoquer le problème des familles.
Que fait-on pour les familles ? Ce matin, il y avait une émission très intéressante sur une radio périphérique, où ces deux problèmes étaient posés. Une mère de quatre enfants faisait remarquer qu’elle était obligée d’acheter une voiture adaptée à la taille de sa famille.
Quelles solutions peut-on trouver ? La première solution fait l’objet d’un sous-amendement qui propose de retenir le nombre de passagers. On prend comme base une voiture standard de cinq places. Pour une voiture de sept places on fait un abattement de deux cinquièmes, pour ramener le chiffre de CO2 émis au niveau d’une voiture standard.
Une autre voie existe. Nous n’avons pas déposé de sous-amendement, faute de temps. Nous pourrions nous inspirer de ce qui a déjà été fait pour une taxe ADEME concernant les automobiles et appliquer un abattement par enfant. Quoi qu’il en soit, on ne peut pas laisser l’amendement n° 278 en l’état.
Quelles solutions le Gouvernement peut-il apporter à ces questions ?
M. le président. La parole est à M. Hervé Mariton, pour soutenir les sous-amendements nos 283 et 284.
M. Hervé Mariton. Ces sous-amendements posent la question des bases sur lesquelles sera construite la fiscalité écologique.
Le Grenelle de l’environnement a légitimé la bonne idée de la fiscalité écologique. L’amendement proposé par le Gouvernement est le premier exercice du genre.
Il est donc essentiel, au moment où nous commençons à poser les premières pierres de l’édifice de la fiscalité écologique, que cela se fasse dans de bonnes conditions. C’est important pour la fiscalité appliquée aux émissions des véhicules, mais n’oublions pas qu’il faudra élaborer d’autres dispositifs.
Nous retrouverons sans doute la même caractéristique de taxation des volumes dans beaucoup de dispositifs de la fiscalité écologique. Mais si on a une appréhension trop rapide des volumes, il existe un risque. Or, dans une fiscalité écologique, nous ne cherchons pas à taxer les volumes, mais la mauvaise efficacité énergétique.
De même, si l’on créait une taxe sur les machines à laver, elle ne devrait pas dépendre de leur taille, sauf à privilégier la machine à laver du célibataire par rapport à celle dont une famille nombreuse a besoin.
La même observation vaut pour les ordures ménagères. On pourrait avoir l’idée de taxer les ordures ménagères au poids, plutôt que de continuer à pratiquer le système actuel de l’adossement à la taxe foncière. La conséquence en serait un transfert massif de charges au détriment des familles.
L’économie générale de l’amendement n° 278 est excellente et nous en partageons l’objectif. Mais comment prend-on en compte les familles ?
Le tableau publié aujourd’hui par Metro fait apparaître que, parmi les véhicules consommant des hydrocarbures, ceux qui obtiennent le bonus le plus important sont les Smart et les Fiat 500. Ce sont sûrement d’excellentes voitures, mais il est un peu difficile d’y caser une famille nombreuse.
La Zéphira, de sept places, qui est un véhicule relativement banal, se trouve dans la catégorie affectée d’un malus. Aucun véhicule de six places et plus ne peut bénéficier du bonus. L’écopastille pose un problème de fond, qui préfigure des débats que nous aurons à d’autres moments sur la fiscalité écologique.
Le rapporteur général faisait remarquer hier soir en commission des finances, lors de l’examen du premier sous-amendement, que je défends et qui a été adopté par la commission, que nous ne pouvions pas être sûrs qu’une voiture de grande capacité, avec six places et plus, soit exclusivement achetée pour transporter une famille. Il a parfaitement raison. Nous ne pouvons pas être sûrs que ce soit toujours le cas.
Mais ce dont nous sommes sûrs, c’est que l’on ne peut en aucun façon caser une famille nombreuse dans une Fiat 500 ou une Smart. (Sourires.)
Le sous-amendement qui consiste à calculer le quotient des émissions de CO2 par rapport au nombre de places du véhicule vise le même objectif que l’amendement du Gouvernement, mais il apporte une dimension familiale indispensable et de bon sens. Comme le rappelait M. Charles de Courson, cette question n’a pas échappé au consommateur, puisque, alors que le Gouvernement vient d’annoncer la mesure, il s’interroge pour savoir ce qui se passera pour sa famille de quatre enfants.
Le sous-amendement ne met pas en cause l’opportunité du dispositif gouvernemental, mais a le mérite de poser un certain nombre de questions sur l’écopastille . Aujourd’hui, nous ouvrons un chantier. Cette question se posera de nouveau lorsque vous prendrez une initiative dans le domaine écologique. Elle ne doit pas être négligée. Il est important d’y apporter une bonne réponse.
Les députés UMP sont très attachés à la dimension familiale des politiques publiques. Il est important, au moment où nous prenons la bonne direction de la fiscalité écologique, de préserver en même temps les valeurs familiales auxquelles nous croyons.
M. le président. La parole est à M. Michel Bouvard.
M. Michel Bouvard. Je crois que tout le monde est d’accord sur une disposition astucieuse qui permet d’encourager l’achat de véhicules propres et dont les constructeurs français n’ont rien à craindre, bien au contraire. En effet, une étude récente faisait valoir que les trois constructeurs d’automobiles qui fabriquaient les véhicules les plus propres en matière d’émissions de CO2 étaient Fiat, Renault et Peugeot – ce n’est pas forcément l’ordre exact. Tout le monde peut donc être en phase avec la disposition dans son ensemble.
Cela dit, je voudrais revenir brièvement sur les sous-amendements que j’ai cosignés avec Marc Le Fur et Charles de Courson et qui traitent de l’aspect familial. Nous ne pouvons pas donner le sentiment que le problème n’est pas pris en compte alors que tout le monde sait qu’à partir du troisième enfant la charge de l’achat d’un véhicule s’alourdit par rapport au revenu moyen d’une famille.
Je vais citer un exemple pris dans mon département de montagne. Il s’agit de personnes ayant opté pour l’achat d’un véhicule plus grand, pour éviter de partir faire du ski, le week-end, avec deux véhicules – l’un conduit par le mari et l’autre par l’épouse, avec chacun la moitié des enfants. L’effort d’investissement réalisé est important. Il faut envisager la situation pour une région où les transports en commun ne sont pas développés. S’il existe en Île-de-France des solutions alternatives à la voiture, il n’en va pas de même en province pour une famille nombreuse, sauf si elle habite en agglomération – le président de la commission des finances le sait bien.
Je ne sais pas si la formule que nous proposons est la bonne. Mais il importe que nous trouvions une solution et que nous ne donnions pas le sentiment aux familles contraintes d’acquérir un véhicule correspondant au nombre de leurs enfants qu’elles subissent une taxation supplémentaire.
On pourrait imaginer que la carte de famille nombreuse permette d’obtenir des réductions négociées auprès des constructeurs. En tout cas, on ne peut pas conserver en l’état un dispositif qui ignorerait ce problème.
M. le président. Quel est l’avis de la commission sur l’amendement et sur les sous-amendements ?
M. Gilles Carrez, rapporteur général. L’idée de prendre en compte l’environnement, la pollution et les émissions de dioxyde de carbone dans les taxes qui pèsent sur l’automobile ne nous est pas complètement inconnue, puisque nous avions introduit, il y a trois ans, dans le calcul de la taxe additionnelle sur les cartes grises le critère de l’émission de CO2 et nous l’avions introduit également, il y a deux ans, au titre de la taxe sur les véhicules de société.
Je dis cela d’emblée, pour souligner, monsieur le ministre, le problème posé par nos conditions de travail. Je reconnais bien volontiers que vous avez tout fait, avec le concours de vos services pour que nous puissions connaître cette disposition concernant la mise en place de l’écopastille au cours des derniers jours.
Mais nous n’avons eu votre amendement qu’hier soir. Nous l’avons examiné, à vingt et une heures trente en commission des finances, selon la procédure de l’article 91 du règlement.
M. Jean Launay. Eh oui !
M. Gilles Carrez, rapporteur général. Or, nous avions reçu, il y a, à peine un mois, le ministre de l’écologie, du développement et de l’aménagement durables.
M. Jean Launay. Il n’avait rien dit !
M. Gilles Carrez, rapporteur général. Si ! Il nous avait très précisément dit qu’il n’y aurait pas de dispositif significatif en matière de fiscalité écologique dans le cadre du collectif, car tout cela nécessitait des discussions, de la concertation, des études, des examens.
Nous étions convenus, lors de l’examen de la loi de finances pour 2008 avec M. Borloo et avec vous-même, monsieur le ministre, des méthodes de travail. Il ne devait pas y avoir de disposition majeure dans le collectif parce que nous avons besoin de temps pour faire du bon travail sur des sujets très compliqués. Des mesures devaient figurer dans le premier texte qui serait examiné en conseil des ministres au premier trimestre de l’année prochaine.
Nous sommes saisis d’un amendement qui, sur le fond, je vous l’accorde, va dans le bon sens. À première vue, le fait de laisser une plage intermédiaire d’émission de CO2 de 130 à 160 grammes, où il n’y aurait ni bonus ni malus, paraît plutôt acceptable.
Monsieur le ministre, avez-vous eu le temps de procéder aux différentes concertations avec les constructeurs et les milieux professionnels, contrairement à ce qui s’est passé avec les parlementaires ?
Notre souci, au-delà du fond, est d’essayer, au moins dans la forme, de parvenir à un bon texte. Or l’amendement n° 278 du Gouvernement ne traite que de la partie malus, c’est-à-dire de la surtaxe qui jouera à partir de 160 grammes d’émission de CO2. Honnêtement, je n’ai pas pu, en qualité de rapporteur général, apporter l’expertise nécessaire à l’examen de ce texte.
D’ailleurs, on peut s’en rendre compte également au niveau des sous-amendements. Monsieur Mariton, vous avez défendu un sous-amendement qui tend à instituer une taxation au-delà de 50 grammes de CO2 émis par place. Je prends l’exemple d’une Smart de deux places, qui émet 110 grammes de CO2. Si l’on prend en compte les critères retenus par votre sous-amendement de 50 grammes par place, la Smart dépassera donc le niveau des 100 grammes correspondant à ce sous-amendement. La Smart sera donc taxée comme une Porsche Cayenne. Monsieur Mariton, vous qui êtes un grand scientifique, un grand mathématicien, cela vous paraît-il logique ?
Si l’on suit votre sous-amendement au nom de la famille – et je respecte profondément la famille –, nous allons taxer la Smart au titre du malus, et M. Woerth redonnera un bonus au propriétaire de la Smart, qui émettra moins de 130 grammes de CO2, compte tenu des mesures qui seront prises prochainement !
L’autre sous-amendement propose d’exonérer certains véhicules au nom de la famille. Je partage et je respecte totalement, monsieur Mariton, votre souci d’éviter que ne soient pénalisées les familles.
Je suis d’accord sur l’objectif que vous poursuivez, qui est de ne pas pénaliser les familles Mais, si l’on vous suivait, la Porsche Cayenne serait exonérée, parce qu’elle a plus de cinq places.
J’espère que l’amendement du Gouvernement ne présente pas les mêmes défauts, mais je n’ai pas été en mesure de l’étudier de manière approfondie. Je rejoins M. Mariton à 100 % : ce dispositif est l’un des premiers exemples de fiscalité écologique. Il est important d’y travailler le plus sérieusement possible et de ne pas commettre des erreurs regrettables sur ces premières avancées dans le domaine de la fiscalité de l’environnement que nous défendons tous
Nous espérons progressivement mettre en œuvre une fiscalité écologique, à la fois efficace et juste.
M. Frédéric Lefebvre. C’est frappé au coin du bon sens !
M. Gilles Carrez, rapporteur général. Le sujet mérite que nous prenions le temps de la réflexion.
Je suis, monsieur le ministre, a priori, favorable à l’amendement du Gouvernement, mais je dis clairement que je n’ai pas eu le temps de l’analyser de manière approfondie.
[..]
M. le président. La parole est à M. le président de la commission des finances, de l’économie générale et du plan.
M. Didier Migaud, président de la commission des finances, de l’économie générale et du plan. L’écopastille est une très bonne idée. Nous ne pouvons qu’approuver son principe : nous ne pouvons pas nous en tenir aux discours et refuser de voter ce type de mesure. Mais je regrette les conditions dans lesquelles nous allons le faire.
Depuis, le début, nous expliquons à chaque auteur d’amendement à dimension écologique qu’il est préférable de reporter l’examen de telles propositions pour qu’elles puissent être étudiées dans un projet d’ensemble, que nous a annoncé le Gouvernement. M. Borloo, lui-même, en commission des finances, nous a assuré qu’il ne présenterait pas de propositions dans le collectif – de la même façon que vous le faites pour le pouvoir d’achat – parce qu’il est préférable de présenter un texte reprenant l’ensemble des propositions concernant l’écologie, pour mieux en apprécier la cohérence et la pertinence. Or, voilà qu’on nous saisit d’une mesure, qui est en totale contradiction avec cette démarche.
Pourquoi présenter cette mesure plutôt qu’une autre ? Nous ne sommes tout de même pas à quelques semaines près ! D’autant que certains dispositifs mériteraient d’être travaillés : un certain nombre de collègues ont, en effet, mis le doigt sur quelques difficultés.
Je ne suis pas sûr que le délai de quinze ans, pour une voiture ancienne, et la hauteur de la prime à la casse – 300 euros – soient suffisamment incitatifs.
Depuis que vous êtes en fonction, monsieur le ministre, vous avez toujours tenu à avoir un dialogue de qualité avec notre commission et avec la représentation nationale.
M. Gilles Carrez, rapporteur général. C’est tout à fait vrai !
M. Didier Migaud, président de la commission des finances. Je tiens à le saluer, mais les quelques amendements importants que vous avez présentés depuis hier soir, me conduisent à dire que le Gouvernement n’agit pas comme il conviendrait. Il n’est pas, en effet, de bonne méthode d’examiner, en séance publique, des amendements sans qu’au préalable nous ayons eu le temps d’en débattre en commission, et que le rapporteur général ait pu faire la preuve de sa capacité d’analyse et d’expertise ! Nous ne cessons de dire que pour renforcer le rôle du Parlement, il faut des études d’impact, et un travail préparatoire plus important. Or aussi bien, ce matin, sur les poissons, que maintenant avec l’écopastille, on nous présente des amendements insuffisamment travaillés : je le déplore.
J’espère, monsieur le ministre, que la navette parlementaire ou, éventuellement, d’autres textes nous permettront d’améliorer ce dispositif sur plusieurs points, étant entendu que le principe est bon.
M. le président. La parole est à M. le ministre.
M. le ministre du budget, des comptes publics et de la fonction publique. Je reconnais que notre amendement, rédigé à la suite des conclusions du Grenelle, a été déposé tardivement. Cela dit, le Gouvernement n’a jamais prétendu qu’il n’y aurait qu’un seul et unique texte découlant du Grenelle de l’environnement.
S’agissant de ce dispositif particulier, et qui ne constitue qu’une petite partie des travaux du Grenelle, il était important pour le Gouvernement de répondre à l’attente du marché de l’automobile, pour des raisons purement économiques. À partir du moment où le dispositif de bonus-malus était évoqué dans la presse, le consommateur potentiel pouvait légitimement se poser la question de savoir s’il serait concerné, et, éventuellement, remettre l’achat d’une voiture, contribuant ainsi à un ralentissement du marché de l’automobile. Dès lors que le dispositif était politiquement arbitré, il était normal qu’il soit examiné à l’Assemblée, pour être adopté.
Bref, il s’agit donc d’une mesure de clarification vis-à-vis du marché de l’automobile.
Le dispositif, monsieur le président, monsieur le rapporteur général, a fait l’objet d’une concertation approfondie avec les constructeurs comme il se doit.
Dans votre premier sous-amendement, monsieur de Courson, vous évoquez le flex-fioul. L’idée générale de l’écopastille n’est pas de privilégier tel ou tel type de carburant, mais de s’intéresser à ce qui sort du véhicule, plutôt qu’à ce qu’on verse dans le réservoir, et donc de nous intéresser aux procédés technologiques visant à réduire le taux d’émission de CO2.. C’est assez logique !
M. Charles de Courson. Non !
M. le ministre du budget, des comptes publics et de la fonction publique. Si ! Mais nous pouvons en débattre.
Quant aux sous-amendements concernant la prise en compte de la famille, notamment des familles nombreuses, dans ce dispositif d’écopastille, je salue le travail des députés Le Fur, Bouvard, de Courson, Suguenot Mariton, et probablement d’autres. Il faut en effet ne pas handicaper les familles nombreuses avec un éventuel malus, qui se prolongerait sur le rachat du véhicule dont ils ont besoin.
Le Gouvernement considère que l’on peut évoluer sur ce point et trouver la bonne manière d’y arriver. Vous avez émis un certain nombre d’idées ; nous disposons de quinze jours pour prendre le temps de la réflexion avec la navette entre l’Assemblée et le Sénat pour arrêter le dispositif dans les meilleures conditions. Je salue la clairvoyance de l’Assemblée et le Gouvernement est d’accord pour ne pas pénaliser les familles nombreuses, même s’il ne faut pas non plus perdre de vue que la priorité est avant tout écologique.
Je rappelle qu’il est tout à fait possible de voyager en famille de façon « écologiquement correcte » : l’amendement du Gouvernement le permet.
M. Jean Launay. À bicyclette avec Mme Lagarde !
M. le ministre du budget, des comptes publics et de la fonction publique. Je ne vais pas vous infliger la lecture de la longue liste des marques et des véhicules qui sont concernés. Je vous indique qu’une bonne vingtaine de véhicules de cinq places, même s’il n’y en a pas de sept places, sont éligibles au bonus.
Il existe également, monsieur Bouvard, un grand nombre de véhicules familiaux qui ne font l’objet ni de malus ni de bonus, dont le niveau d’émission se situe entre 130 grammes et 160 grammes de CO2 par kilomètre : la Peugeot 307 break SW 1.6 HDI de sept places, la Fiat Doblo 1.3 Multijet 16v85 Family de sept places également, la Citroën C5 1.6 HDI 110 chevaux de cinq places, la Renault Mégane 2 Grand Scenic 1.5 DCI 105 chevaux de sept places, la Citroën C4 Picasso 1.6 HDI 110 chevaux de sept places, le Volkswagen Tourane 1.9 TDI 105 chevaux de cinq ou sept places.
Compte tenu des sous-amendements déposés, le Gouvernement s’engage à mieux prendre en compte la problématique des familles nombreuses. Nous allons examiner tranquillement la question avec vous, puis avec les sénateurs dans une dizaine de jours, afin d’aboutir à un dispositif efficace mais surtout simple et lisible, ayant un impact pédagogique sur les acheteurs de véhicules.
M. Jérôme Chartier. Très bien !
M. le président. Après cette page de publicité (Sourires), la parole est à M. Hervé Mariton.
M. Hervé Mariton. Nous voici engagés dans la bonne direction : le nombre de petits-enfants des sénateurs devrait nous rendre confiants en l’avenir du débat. Pour ma part, je suis rassuré pour mes quatre enfants et ma 307 SW.
Je ne suis pas un grand spécialiste de l’écologie, mais je sais que le concept d’empreinte écologique se rapporte, à l’échelle de la planète, à chaque individu. Dans le cadre d’une politique écologique ambitieuse, il me semblerait donc cohérent de raisonner en termes d’unités individuelles, qu’il s’agisse de la consommation d’électricité ou des émissions de CO2.
Je souhaite que les travaux de l’Assemblée et du Sénat permettent de mettre sur la bonne voie cette fiscalité écologique à laquelle nous adhérons, en intégrant les enjeux liés à la politique familiale.
M. le président. La parole est à M. Charles de Courson.
M. Charles de Courson. Monsieur le ministre, je prends acte des signes d’ouverture que vous nous avez donnés s’agissant des familles nombreuses, même si j’aurais aimé que vous nous indiquiez sur quelles pistes vous comptez travailler. Pour ma part, je pense que l’abattement, tel que nous l’avons utilisé pour calculer la taxe additionnelle en fonction de la taille de la famille, pourrait être une voie intéressante. Je suis donc prêt à retirer les sous-amendements, si les cosignataires en sont d’accord, en contrepartie de votre engagement de progresser pendant la navette.
En revanche, votre réponse sur les véhicules flexifuel m’a beaucoup déçu. Selon vous, que le CO2 soit émis à partir d’énergies renouvelables ou non renouvelables reviendrait au même. Non, monsieur le ministre ! Dans le cas du E 85, par exemple, les 85 % de carburant composés d’éthanol produisent beaucoup moins de CO2 et il importe d’en tenir compte. C’est pourquoi l’un des sous-amendements reprend l’abattement de 50 % proposé pour le calcul de la taxe additionnelle, l’autre, plus symbolique, prévoyant 85 %.
Vous commettez ici une erreur méthodologique, comme dirait Hervé Mariton. Vous ne pouvez assimiler les deux sources d’énergie ou alors cela reviendrait à supprimer tout système incitatif à l’oxygénation des carburants. N’oubliez pas que l’écologie impose de raisonner du puits à la roue. C’est la raison pour laquelle je maintiendrai au moins le sous-amendement prévoyant un abattement de 50 %.
M. le président. La parole est à M. le rapporteur général.
M. Gilles Carrez, rapporteur général. Ma question prolonge celle de Charles de Courson. Il existe déjà un certain nombre d’incitations sous forme de crédits d’impôt pour l’achat de tel ou tel type de véhicule – véhicules hybrides, flexifuel, véhicules roulant au GPL ou au GLV, véhicules électriques. Et je voudrais savoir, monsieur le ministre, quelle sera l’articulation entre les incitations existantes et le nouveau dispositif de bonus et de malus ? À ce stade du débat, il nous faudrait une réponse précise.
M. le président. La parole est à M. le ministre.
M. le ministre du budget, des comptes publics et de la fonction publique. Monsieur de Courson, je ne dispose pas de tous les éléments techniques pour me lancer maintenant dans un débat. Ainsi nous n’avons pas encore de bilan s’agissant de la production. Les biocarburants bénéficient d’incitations fiscales, sous forme d’allégements, du moins les biocarburants qui présentent un bilan économique favorable. Et je suis tout prêt, dans les quinze jours qui viennent, à examiner comment lier ce dispositif avec celui des bonus-malus et à progresser avec vous sur la question. L’avis favorable que nous donnerons à l’un de vos amendements sur l’E 85 nous mettra déjà sans doute sur une bonne voie.
Par ailleurs, monsieur Mariton, les choses ne sont pas si simples s’agissant des véhicules familiaux. Si une famille a un grand véhicule et quatre autres en plus, le bilan carbone risque de ne pas être positif. Je crois donc qu’il faut en rester à l’idée de ne pas pénaliser les familles nombreuses : c’est le message qu’envoie votre assemblée au Gouvernement et qu’il reçoit cinq sur cinq. Essayons d’améliorer les choses ensemble.
M. le président. La parole est à M. Charles de Courson.
M. Charles de Courson. Comme le Gouvernement vient de modifier sa position en se déclarant ouvert sur la question des véhicules flexifuel, nous retirons les sous-amendements nos 286, 291 et 293.
M. Hervé Mariton. Je retire également les sous-amendements nos 283 et 284.
M. le président. Les sous-amendements nos 286, 291, 283, 284 et 293 sont retirés.
Je mets aux voix l’amendement n ° 278.
(L'amendement est adopté.)
Deuxième séance du mardi 18 décembre 2007Projet de loi de finances
pour 2008
Discussion du texte de la commission mixte paritaire
M. le président. Je mets aux voix l’amendement n° 7.
(L’amendement est adopté.)
M. le président. La parole est à M. Charles de Courson.
M. Charles de Courson. Cet amendement, qui porte sur 483 millions d’euros, est la conséquence budgétaire de l’« écopastille » puisqu’il correspond à la taxe qui financera les bonus et la prime à la casse.
Sur ce sujet, nous avons été nombreux, dont mon collègue Marc Le Fur, à déposer des sous-amendements pour essayer de résoudre le problème des familles nombreuses et celui du flex-fioul. On m’a indiqué, monsieur le rapporteur, que le Gouvernement était d’accord – il nous l’avait d’ailleurs indiqué ici même – pour adopter un amendement portant le flex-fioul à 50 %, ce qui représente entre 10 et 15 millions. Cette mesure, dont nous rediscuterons jeudi en commission mixte paritaire, est-elle incluse dans l’amendement n° 5 deuxième rectification ? Par ailleurs, le Gouvernement a-t-il prévu un mécanisme pour les familles ? Il ne faut pas que l’« écopastille » devienne un impôt anti-familial. Nous étions très nombreux à souhaiter une adaptation en ce sens, et le Gouvernement avait donné son accord de principe.
Sur ces deux points, quelles sont les intentions du Gouvernement, au Sénat et en commission mixte paritaire ? Ces aménagements pourraient représenter de 20 à 30 millions, sur un concours financier total de 483 millions d’euros.
M. le président. La parole est à M. le rapporteur.
M. Gilles Carrez, rapporteur de la commission mixte paritaire. Je voudrais apporter une précision à M. de Courson : les 483 millions d’euros dont il parle ne sont pas le produit de l’« écopastille » mais, pour 90 % de ce montant, le produit de la taxe additionnelle sur les cartes grises auxquels s’ajoutent de 10 à 20 millions d’euros au titre du malus appliqué aux véhicules émettant plus de 160 grammes de CO2. S’il devait y avoir une modification au Sénat, elle ne jouerait donc qu’à la marge et ne porterait que sur 10 millions d’euros au maximum, sur un budget total de 300 milliards d’euros.
M. le président. Je mets aux voix l’amendement n° 5 deuxième rectification.
(L’amendement est adopté.)
M. le président. Quel est l’avis de la commission sur l’amendement n° 9 ?
M. Gilles Carrez, rapporteur de la commission mixte paritaire. Favorable.
M. le président. Je mets aux voix l’amendement n° 9.
(L’amendement est adopté.)
Première séance du jeudi 20 décembre 2007
Projet de loi de finances rectificative pour 2007
Discussion du texte de la commission mixte paritaire
M. Gilles Carrez.
L’écopastille constitue une autre taxe contribuant au développement durable.
M. Charles de Courson. Hum !
M. Gilles Carrez, rapporteur de la commission mixte paritaire. Celle-ci fonctionnera sur le mode d’un malus déclenché à partir d’une émission de plus de 160 grammes de CO2 par kilomètre. Au terme de longs débats, nous avons écarté la familialisation,…
M. Charles de Courson. Hélas !
M. Gilles Carrez, rapporteur de la commission mixte paritaire. …comme les technologies particulières telles que le flexfioul.
M. Charles de Courson. Grave erreur !
M. Gilles Carrez, rapporteur de la commission mixte paritaire. Au contraire ! Il nous est apparu indispensable que la fiscalité de l’environnement ainsi créée reste pure et ne courre pas deux lièvres à la fois, en mélangeant des objectifs de politique familiale – qui doivent relever plutôt des allocations familiales – et de réduction de CO2.
M. Charles de Courson. Cela ne tient pas !
M. Gilles Carrez, rapporteur de la commission mixte paritaire. Je crois que ce faisant, nous avons fait du bon travail.
Monsieur le ministre, j’appelle votre attention sur les conditions dans lesquelles le Parlement – Assemblée nationale, Sénat, puis CMP – est appelé à travailler. Nous faisons de notre mieux, mais nous devons travailler dans la précipitation. Ainsi, s’agissant de ces mesures importantes, l’une est arrivée…
M. Charles de Courson. À vingt et une heure !
M. Gilles Carrez, rapporteur de la commission mixte paritaire. …une ou deux heures avant la dernière réunion de la commission des finances, l’autre à peine quelques minutes auparavant.
M. Didier Migaud, vice-président de la commission mixte paritaire. Certaines arrivent même après le vote ! (Sourires.)
M. Gilles Carrez, rapporteur de la commission mixte paritaire. Dans ces conditions, il est très difficile de faire du bon travail. En outre, M. Migaud, le président de notre commission des finances, attend toujours les études d’impact de ces deux taxes, qui nous sont pourtant promises dans tous les colloques que nous pouvons tenir sur les finances et la fiscalité publique.
M. Éric Woerth, ministre du budget, des comptes publics et de la fonction publique. Monsieur le président, mesdames, messieurs les députés, le texte issu des travaux de la commission mixte paritaire montre combien nos débats ont permis d’enrichir le projet de loi initial. Le Gouvernement a présenté un certain nombre d’amendements, qu’il s’est efforcé de transmettre au Parlement le plus tôt possible – avec probablement quelques ratées (Sourires) – même si l’Assemblée nationale en particulier a pu manquer de temps pour examiner certains d'entre eux. Je pense notamment aux dispositions relatives à l'écopastille, il est vrai parvenues tardivement. Vous le savez, je suis attaché à ce que vous puissiez légiférer dans les meilleures conditions,…
M. Jean Launay. On va rire !
M. le ministre du budget, des comptes publics et de la fonction publique. …et les délais dans lesquels vous avez dû débattre du bonus-malus doivent rester exceptionnels.
M. Gilles Carrez, rapporteur de la commission mixte paritaire. Merci de le rappeler !
M. le ministre du budget, des comptes publics et de la fonction publique. Ce sont mes résolutions de fin d’année. (Sourires.)
M. Didier Migaud, vice-président de la commission mixte paritaire. Très bien !
M. le ministre du budget, des comptes publics et de la fonction publique. Ces délais s’expliquent par l'attentisme que suscitaient les annonces de l'éco-pastille sur le marché automobile. Reporter l’intégration de la mesure au texte que M. Borloo vous présentera dans le courant de l’année prochaine aurait posé un problème pour la commercialisation des véhicules. En outre, il était préférable qu’elle trouve sa place dans un texte budgétaire.
SÉNAT
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Annexe au procès-verbal de la séance du 12 décembre 2007 |
RAPPORT
FAIT
au nom de la commission des Finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la Nation (1) sur le projet de loi de finances rectificative pour 2007, ADOPTÉ PAR L'ASSEMBLÉE NATIONALE ,
Par M. Philippe MARINI,
Sénateur.
Rapporteur général.
II. L'EXAMEN À L'ASSEMBLÉE NATIONALE
L'Assemblée nationale a adopté sans modification l'amendement du gouvernement créant le présent article.
Le président et le rapporteur général de la commission des finances ont toutefois regretté le dépôt tardif de l'amendement, n'en permettant pas une expertise approfondie. Ils se sont également interrogés sur l'opportunité d'introduire ce mécanisme dans le présent projet de loi de finances rectificative, au lieu d'en débattre dans le cadre du futur projet de loi sur l'environnement, de manière consolidée avec d'autres initiatives en matière de fiscalité écologique.
III. LA POSITION DE VOTRE COMMISSION DES FINANCES
Votre rapporteur général souscrit au dispositif d'ensemble proposé, tout en constatant, à ce stade, qu'il soulève plusieurs problèmes mis en évidence par certains sous-amendements de nos collègues députés. Ces problèmes tiennent notamment :
1) à l'absence de prise en compte spécifique des véhicules utilisant des biocarburants ;
2) à la non-prise en considération de la question familiale, dont l'impact sur la taille des véhicules choisis, et par conséquent sur leur niveau d'émissions, est évident ;
3) à la situation particulière des contribuables qui auraient commandé un véhicule passible du malus avant le 1er janvier 2008, en l'absence de toute information quant à l'introduction du dispositif, qui l'immatriculeraient après cette date en raison de délais de livraison et se verraient par conséquent assujettis à la taxe.
Décision de la commission : votre commission a décidé de réserver sa position sur cet article.
Sénat Séance du 17 décembre 2007
loi de finances rectificative pour 2007
M. Aymeri de Montesquiou.
Pour en revenir au coeur même de ce collectif budgétaire, s'agissant des mesures fiscales nouvelles en matière environnementale, elles sont bonnes. En particulier, le dispositif dit de l'écopastille> que vous avez introduit à l'Assemblée nationale va dans le sens de la prise de conscience générale. Il était effectivement urgent d'agir en faveur de l'environnement.
Permettez-moi d'ouvrir une parenthèse. J'attire votre attention sur la nécessité de poursuivre une réflexion sur la construction d'une fiscalité écologique qui ne nuirait pas aux familles. En l'état, le dispositif de l'article 23 bis, s'il convient très bien aux petits véhicules, pénalise les véhicules familiaux en ce sens qu'il taxe le volume d'émissions de C02 par véhicule et non par occupant. Je souhaite que nos débats prennent en compte cet aspect qui préoccupe les familles.
M. Denis Badré.
<Concernant l'écopastille automobile, que le Gouvernement> a proposé lors de la lecture du texte à l'Assemblée nationale, un peu in extremis donc, je ferai une remarque de forme et quelques observations.
Monsieur le secrétaire d'État, il est toujours hasardeux d'introduire une mesure nouvelle dont l'essence, si j'ose dire, est d'une telle portée.
Au cours même du débat, chacun, qu'il s'agisse des parlementaires, des partenaires concernés comme d'ailleurs de vous-même, monsieur le secrétaire d'État ou du Gouvernement tout entier, chacun donc a besoin de temps pour étudier de tels textes, pour les calibrer, pour mesurer leur impact, les préciser dans leurs modalités, bref, pour leur donner toute leur lisibilité, leur efficacité et leur portée budgétaire, économique, écologique, donc politique.
Cela est particulièrement important lorsqu'il s'agit de mesures qui peuvent très vite prendre un caractère emblématique compte tenu de leur nature.
C'est vrai, le dialogue, ou tout au moins un dialogue assez spectaculaire et approfondi, a eu lieu lors du Grenelle de l'environnement. Dans ces conditions, pourquoi ne pas avoir fait figurer cette mesure dans le texte initial du projet de loi de finances rectificative ? Vous auriez ainsi pu prendre en compte nos préoccupations de principe concernant la méthode, préoccupations de principe qui touchent tout de même au rôle et à l'engagement du Parlement sur de telles dispositions.
Sur le fond, il reste que <l'écopastille automobile> est une mesure de bon sens, qui s'inscrit complètement dans la ligne du développement durable.
Le groupe UC-UDF la soutiendra donc, même si sa présentation un peu rapide fait que la disposition souffre encore de quelques imperfections ; j'espère que le débat permettra de les réduire
Ainsi, pourriez-vous nous indiquer où en est votre réflexion quant à la prise en compte de la nécessité pour les familles nombreuses d'utiliser des véhicules dont le bilan écologique peut, certes, laisser à désirer, mais qu'elles ne peuvent à l'évidence pas remplacer ? J'espère que vous pourrez, sur ce point, prendre en compte notre préoccupation
Mme Nicole Bricq.
Quant aux mesures fiscales, il faut bien reconnaître que le projet de loi de finances rectificative reconduit des niches fiscales, quand il n'en crée pas de nouvelles. Au gré des articles nouveaux et des amendements, ce texte comporte son lot de dispositifs d'autant plus complexes qu'ils ne sont pas évalués ! Je tiens à le dire !
J'en veux pour preuve le manque <de préparation de l'« écopastille », mesure> qui a été introduite par un amendement gouvernemental à l'Assemblée nationale et sur laquelle le rapporteur général a émis des réserves lors de son examen en commission.
M. Philippe Marini, rapporteur général. Oui, je n'ai pas tout compris !
Mme Nicole Bricq. Outre le fait qu'elle ne correspond pas aux dispositifs proposés à l'issue du Grenelle de l'environnement, elle se révèle d'une grande complexité : il faudrait maintenant tenir compte du quotient familial... On est en pleine tragicomédie ! D'une part, ce dispositif ne répond pas pleinement à sa finalité environnementale, d'autre part, la navette budgétaire est prétexte à l'ajout d'éléments qui n'ont rien à voir avec la cause prétendument défendue.
C'est la raison pour laquelle nous présenterons un amendement plus complet, à la vocation écologique plus affirmée que le vôtre.
M. André Santini, secrétaire d'État.
Par ailleurs, je ne méconnais pas les délais restreints dans lesquels le Parlement doit se prononcer <sur le dispositif de l'écopastille. Les conclusions du Grenelle de l'environnement n'ont été connues qu'à la fin du mois d'octobre. Par la suite, le Gouvernement a dû engager des travaux avec les administrations et les acteurs concernés pour assurer sa mise en oeuvre opérationnelle. Nous n'avons pas pu aboutir, comme vous le souhaitiez, pour le dépôt du collectif à la fin du mois de novembre. Pour autant, nous ne pouvions pas attendre le début de l'année prochaine pour donner une traduction concrète à une mesure importante du Grenelle de l'environnement et attendue par de nombreux Français.
Séance du 18 décembre 2007
Mme la présidente. Je suis saisie de quatre amendements faisant l'objet d'une discussion commune.
L'amendement n° 65, présenté par M. Foucaud, Mme Beaufils, M. Vera et les membres du groupe Communiste Républicain et Citoyen, est ainsi libellé :
Supprimer cet article.
La parole est à M. Bernard Vera.
M. Bernard Vera. On nous dit que l'instauration d'une « écopastille verte> » participerait d'une politique de transports respectueuse du développement durable.
Ainsi, le Gouvernement entend-il allouer par décret aux particuliers une prime, ou bonus, pour toute acquisition d'une voiture neuve faiblement émettrice de dioxyde de carbone. L'article 23 bis du projet de loi de finances rectificative pour 2007 prévoit, quant à lui, un malus pour l'acquisition des voitures neuves les plus fortement émettrices de dioxyde de carbone.
D'une part, le dispositif proposé ici est largement insuffisant au regard des enjeux climatiques. Cette insuffisance est d'autant plus criante que le Gouvernement poursuit sa politique en faveur du tout routier.
Alors que, dans une déclaration commune intitulée « Transport : une série de faux départs qui appellent à se ressaisir », les syndicats et les associations ont affirmé qu'il était urgent de rompre avec notre modèle d'organisation des transports, vous diminuez les crédits alloués au budget des transports, vous annoncez l'ouverture de plusieurs chantiers d'autoroutes, vous acceptez la mise en oeuvre, depuis novembre, du plan d'abandon du wagon isolé dans 262 gares et vous dévoilez de nouvelles compensations financières et fiscales pour les transports routiers de marchandises ! <En comparaison, la création de l'écopastille verte> paraît bien anecdotique. D'autant plus que bonus et malus risquent de s'équilibrer et donc de ne dégager aucune marge pour privilégier les transports en commun.
D'autre part, ce dispositif est socialement injuste. En effet, il ne vise que les particuliers, pénalise les familles les plus nombreuses et ne constitue pas une aide suffisante pour les foyers les plus modestes. Au contraire, il s'apparente à une pénalité pour ceux de nos concitoyens qui, face à l'augmentation du pétrole, se voient dans l'obligation d'acheter des véhicules fonctionnant au diesel. En bref, seuls les ménages les plus aisés seront en capacité de bénéficier du bonus et d'échapper au malus.
Le dispositif prévu à l'article 23 bis, ainsi que son versant réglementaire, instaure un droit à polluer forfaitaire au profit des ménages les plus aisés, et il ne permettra pas d'investir dans des modes de transports collectifs et alternatifs. Pour toutes ces raisons, nous demandons la suppression de cet article.
Séance du 20 décembre 2007
M. Jean Arthuis, rapporteur. De fait, après un large échange de vues, la commission mixte paritaire a considéré qu'il s'agissait, à bien des égards, de la moins mauvaise des solutions.
En ce qui concerne un quatrième et dernier sujet substantiel, connu sous l'appellation « d'écopastille » applicable aux véhicules terrestres à moteur, la commission mixte paritaire> a d'abord confirmé l'exonération de malus pour les véhicules achetés avant le 5 décembre 2007, introduite au Sénat sur l'initiative de notre collègue Philippe Dallier.
Toutefois, elle a également supprimé l'abattement de 50 % sur le montant du malus applicable aux véhicules fonctionnant au super-éthanol E 85. Il y a là, je n'en doute pas, une décision qui décevra nombre des plus farouches partisans des biocarburants au sein de notre Haute Assemblée, mais la commission mixte paritaire s'est rendue aux arguments de l'Assemblée nationale pour considérer qu'il fallait s'en tenir à des critères objectifs de rejet de CO2 dans l'atmosphère, indépendamment de la nature du carburant.
Mme Nicole Bricq.
<
En ce qui concerne l'écopastille>, je partage la philosophie de M. le rapporteur général : il ne faut pas qualifier de mesures écologiques ou environnementales des dispositions qui n'en sont pas. Par ailleurs, pour qu'une mesure environnementale incite les acteurs économiques à modifier leurs comportements, elle doit être claire et lisible.Dès lors que l'on veut donner à une taxe - en l'occurrence, il s'agit d'un bonus-malus - plusieurs finalités, on est sûr de dévier de l'objectif originel. Je souhaite remercier mes collègues d'avoir tenu tête avec pugnacité à certains députés, qui auraient voulu assigner des fonctions différentes à cette taxe. Certes, le système qui a été retenu n'est pas le plus judicieux. Pour notre part, nous avions proposé des amendements bien meilleurs eu égard à la finalité affichée.
De surcroît, un projet de directive européenne est dans la « machine » bruxelloise ; nous devrons certainement en discuter : il consiste à diminuer encore, dès la construction, le niveau de CO2 produit par les gros engins. Nos partenaires allemands sont furieux !
<L'écopastille> va donc avoir une durée de vie très fugace et elle ne produira pas les effets attendus.Quant à l'affirmation de M. Borloo, reprise par le Gouvernement, mais avec moins d'assurance, selon laquelle le bonus et le malus se compenseront, attendons de voir ! Je ne suis pas sûre qu'une rallonge budgétaire ne sera pas nécessaire. Quoi qu'il en soit, il faudra tout faire pour l'éviter.