Politique familiale
La France a-t-elle une politique familiale à défaut de la "grande
politique familiale" que promet tout Premier ministre entrant en fonction,
manifestant ainsi que les promesses de ses prédécesseurs n'ont pas été
suivies d'effet ?
Pour
le savoir, nous sommes partis de la situation telle qu'elle existait au début
de l'année 93 et nous avons examiné la façon dont elle avait évolué depuis,
à la suite du changement de majorité parlementaire.
Les
résultats sont d'ailleurs à la hauteur de la politique : le renouvellement des
générations n'est plus assuré compromettant l'avenir de notre société et de
ses membres.
La
diversité des familles, leur dispersion sur tout le territoire et dans toutes
les catégories, professionnelles et sociales, ne leur laissent comme moyen de
protestation que la désillusion et l'amertume.
Il
faudra le temps d'une génération pour constater les effets de la crise démographique.
Cette durée dépasse, et de loin, celle de n'importe quel mandat électoral.
Cela explique que les élus soient plus sensibles au malaise des cheminots ou au
mal des banlieues.
Recteur
Pierre Magnin
Cette
reconnaissance du service rendu n'a évidemment rien de commun avec le devoir de
solidarité envers ceux que les hasards de la naissance ou de la vie ont mis
dans l'incapacité de subvenir à leurs propres besoins : la naissance d'un
enfant ne peut et ne doit être assimilée à un handicap physique ou aux effets
d'un tremblement de terre.
L'objectif
est que chacun soit imposé sur ce qu'il a gagné, après division par un nombre
de parts, fonction de l'importance de sa famille.
Le
taux de l'impôt sur le revenu étant progressif, son montant sera moindre dans
les familles où les revenus sont inégaux (ce qui est particulièrement le cas
de celles qui ont des enfants en bas âge et dont l'un des conjoints ne
travaille pas).
Au
contraire, si chaque personne d'un foyer avait un revenu identique et droit à
une part, l'impôt à payer serait le même avec une déclaration groupée ou
avec des déclarations séparées.
Il
n'en est pas ainsi dans la réalité parce que les enfants, supposés sources de
dépenses plus faibles, ne comptent, à l'exception du troisième, que pour une
demi-part et parce que la réduction d'impôt introduite par le quotient
familial est limitée dans ses effets par un plafonnement.
L'ensemble
de ces arguments relève de la même logique qui consiste à accentuer la
transformation de la politique familiale en assistance sociale. M. Juppé le
reconnaît d'ailleurs en qualifiant de "distinguo bien subtil" la différence
entre l'aide à l'enfant et l'aide à la famille et en ajoutant qu'il "a
bien conscience de s'attaquer à un tabou".
Le
deuxième type d'argument utilisé par le Premier ministre est, naturellement,
l'argument financier : "La branche familiale étant en déficit de dix
milliards"(2) et "nos moyens étant limités"
il lui apparaît qu'il faut soit "mettre sous condition de ressources les
prestations qui ne le sont pas encore" comme l'a proposé M. Fabius, soit
"corriger les inégalités par l'impôt, réintroduisant - comme si elles
l'avaient jamais été- les allocations dans la base taxable", comme il l'a
préconisé.
Cependant,
l'argument financier semble n'être qu'un détour (pour autant que l'on puisse
accorder foi à un engagement d'affectation de recettes fiscales) puisqu'il
ajoute que les six milliards de francs ainsi récupérés seront "réaffectés
à la politique familiale, notamment en faveur des familles les plus défavorisées
et les plus nombreuses".(3)
L'idée
de base est donc bien d'utiliser les allocations familiales au profit de la
politique sociale. L'action prévue en faveur des familles les plus défavorisées
et les plus nombreuses aura pour effet, non pas de favoriser la natalité sur le
sol de notre pays, mais d'augmenter le nombre des immigrés clandestins.
Est-ce
souhaitable ? Nous ne le pensons pas.
(1)
La force de cette notion de service rendu est telle qu'elle sert de
justification à la théorie du droit du sol, tel qu'il est appliqué dans notre
pays en matière de nationalité. Il n'est que de voir à cet égard l'impact
dans l'opinion de la revendication des immigrés clandestins de Saint-Ambroise
qui tirent leur "droit de rester en France" du fait que leurs enfants
y sont nés.