Manifeste de l'Association Famille et Liberté
Présidence de Famille et Liberté
Document publié en 1995, à la création de l’association
Famille et Liberté a pour objet de rendre publiques des informations sur la situation des familles et sur les conséquences qui en découlent pour la société.
Notre objectif est d'établir (ou de rétablir) :
1. l'équité économique, en transformant le système d'allocations familiales et d'abattements fiscaux, de sorte qu'il n'apparaisse plus comme une charité envers les familles mais comme la juste contrepartie de leur contribution essentielle au dynamisme de l'économie et à l'équilibre du système de retraites,
2. le libre choix des parents entre un travail salarié et l'éducation de leurs enfants,
3. la protection de la jeunesse contre un certain nombre d'agressions (pornographie, drogue, Sida) contre lesquelles elle n'est pas suffisamment prévenue.
Sur l'ensemble de ces sujets, nous estimons que le langage des médias et des politiques est biaisé. Notre intention est de nous adresser directement à l'ensemble des citoyens et, sur des points spécifiques, à ceux qui ont à les connaître par leur profession.
La Famille est-elle encore aujourd'hui la cellule de base de la Nation ?
Les conditions morales et matérielles de son épanouissement sont-elles réunies ?
D'évidence la réponse est : non
L'amour et la fidélité sont des valeurs ignorées ou bafouées, y compris par les propagandes officielles.
Les conditions de création et d'existence des familles se sont dégradées au point de les faire passer, en l'espace d'une génération, du statut de cellule de base de la société à celui de survivance obsolète, sinon répressive.
Le législateur, pour des motifs idéologiques, ou parce qu'il lui paraît plus commode de gouverner une collection d'individus, favorise cette évolution tout en atténuant ses effets trop visibles.
La part des allocations familiales dans le revenu des familles a continué de baisser, comme elle le fait depuis des années et les droits à la retraite liés au nombre d'enfants que l'on a élevés ont été réduits.
Le Parlement a adopté une "loi pour la famille" dont la disposition la plus importante, quoique non écrite, est le reniement de l'engagement pris par la majorité devant les électeurs d'instaurer un salaire parental.
Sur 170 000 avortements comptabilisés officiellement en France chaque année, combien auraient pu être évités par des mesures appropriées ?
Les conséquences de cette dégradation morale et matérielle sont connues :
La relève des générations n'est pas assurée
Ce que l'on a reçu ne sera pas transmis
Ce que l'on a construit ne sera pas entretenu
Tel est le bilan de ce qu'on a appelé "L'Année internationale de la famille".
Une autre politique familiale est-elle possible ?
Oui, bien sûr.
Mais pour que ce redressement soit durable, les mesures financières, pour indispensables qu'elles soient, ne suffisent pas. Il faut que les parents se sentent libres d'élever leurs enfants conformément à leurs convictions et soient en mesure de les protéger des agressions envahissantes.
Si une telle politique n'a pas été mise en œuvre dans notre pays en dépit des majorités électorales qui se sont prononcées en sa faveur - même si l'action de ceux qui se dévouent à la cause familiale au sein de nombreuses associations empêche que la situation ne soit encore pire - c'est parce que les élus, derrière l'écran opaque des médias, n'ont pas perçu le soutien qu'était prêt à leur apporter l'opinion. Ils ont été ainsi amenés dans tous les domaines qui concernent la famille à composer avec l'adversaire dans l'espoir, toujours illusoire, de parvenir à un moindre mal.
Bien au contraire, si les élus se sentaient soutenus par l'opinion, ils trouveraient la force et les moyens de faire correspondre leurs choix à court terme avec leurs objectifs à long terme.
C'est ce soutien que Famille et Liberté propose de leur apporter.
Nous ne pouvons le faire qu'avec vous
La Famille du troisième millénaire est entre vos mains !
Comité d’honneur
(créé en 1995)|
M. Gabriel de Broglie M. Bernard Cambournac † M. Jean Cazeneuve † M. François Ceyrac Mme Chantal Delsol M. Roland Drago † M. Jacques Dupâquier M. Jean Foyer † M. Marcel Landowski † Le professeur Henri Lestradet † M. Raymond Triboulet † |
membre de l'Académie française président d’honneur de la chambre de commerce de Paris membre de l’Institut président d’honneur du Conseil national du patronat français membre de l’Institut membre de l’Institut membre de l’Institut membre de l’Institut, ancien ministre membre de l’Institut Président d’honneur de Famille et Liberté membre de l’Institut, ancien ministre |
Conseil d’administration
M. Philippe Auzenet
pasteur, auteur, responsable de l'association "Oser en parler"
M. Henri de Benoist membre du Conseil
économique et social
M. Alain Caillaud
statisticien - économiste
M. Denis Chaigne
président de l'Association Familiale Catholique de Saint Honoré d'Eylau
Mme Douce de Franclieu présidente du club Courbet
M. Antoine Larbanet expert comptable (e.r.), trésorier
Le Recteur Pierre Magnin professeur émérite à la faculté de
médecine de Besançon
M. Jean-Marie Schmitz
directeur général de Lafarge Maroc
M. Christian Vanneste
député du Nord, président
Présidence de Famille et Liberté
Lors de sa
réunion du 8 avril dernier, le Conseil d’administration de Famille et Liberté,
sur proposition de Philippe Gorre qui continuera à apporter son concours à
l’association a élu à l’unanimité, Christian VANNESTE, député UMP du Nord,
Vice-président du CNI, comme Président.
Famille et Liberté sera ainsi mieux à même de faire valoir ses idées et ses travaux, dans l’opinion publique et auprès des élus.
Né à Tourcoing en 1947, Christian VANNESTE est marié et père d’un enfant étudiant. Il a été professeur de philosophie au LICP de Tourcoing et directeur adjoint de l’EIC pendant près de 10 ans. Il a grandi et réside à Tourcoing. Profondément attaché à sa région et à sa ville, il a à cœur d’en défendre, avec fierté, son patrimoine, son identité et ses traditions.
Christian VANNESTE incarne la « droite décomplexée » : « La droite doit être le parti de la France et de la liberté. Plus que jamais, nous devons assumer fièrement nos convictions et nos valeurs » déclare-t-il. C’est pourquoi, il décide d’adhérer en juin 2006 au Centre National des Indépendants et paysans (CNI), parti politique associé à l’UMP.
A l’Assemblée nationale, il est membre de la prestigieuse Commission des Lois et siège au sein du Groupe UMP. Président du groupe d’études sur le Textile entre 2002 et 2007, il est aujourd’hui Vice-Président de la mission sur l’exécution des peines, membre de la commission spéciale sur l’instauration du service minimum dans les transports.
Site Internet : http://www.christianvanneste.fr
Assemblée générale du 17 mars 2010
Le Président
Mesdames, messieurs et chers amis,
Je déclare ouverte l'assemblée générale de Famille et Liberté, convoquée conformément à ses statuts.
Notre précédente assemblée s’étant tenue le 3 juin 2008, le rapport d’activité portera sur la période écoulée depuis cette date et le rapport financier sur les comptes des exercices 2008 et 2009.
Avant de passer à l’ordre du jour, je vous rappelle que nous entendrons après notre assemblée un exposé de Mme Anna Záborská, suivi d’une discussion, sur les interventions des Institutions de la Communauté européenne dans les questions familiales et sur leurs conséquences pour la politique familiale de chaque pays membre.
Je vous propose l’ordre du jour suivant pour notre assemblée :
Lecture et discussion du rapport financier.
Lecture et discussion du rapport d’activité.
Vote des résolutions
Si personne ne s’oppose à cet ordre du jour, je passe la parole à Henri de Benoist, notre nouveau trésorier, pour nous donner lecture du rapport financier
Le Trésorier
Rapport financier
Le Président
Merci à notre trésorier. La parole est maintenant à la salle pour des questions sur ce rapport financier.
Avant de prendre la parole, attendez d’avoir le micro et assurez-vous qu’il fonctionne. Veuillez dire votre nom intelligiblement pour que nous puissions vous envoyer, pour correction, le projet de compte rendu.
S'il n'y a plus (pas) de questions, nous allons passer au rapport d ‘activité qui va vous être présenté par Philippe Gorre.
Rapport d'activité
Actions
A l’issue de notre précédente assemblée, en juin 2008, nous avions entendu un exposé d’Elizabeth Montfort sur le statut du « beau-parent » dont la création était alors annoncée.
Faire échouer ce projet a été depuis notre première priorité. Le rapport, publié à l’automne dernier, de Jean Leonetti, rendant compte de la mission que lui avait confiée le Premier ministre sur ce sujet a confirmé son inutilité et sa nocivité. Une réunion avec Jean Leonetti, nous a permis de faire un bilan de cette affaire et de nous préparer à faire face dans l’avenir à ce type de situations dans lesquelles des intérêts particuliers cherchent à passer avant l’intérêt général.
Dans le même temps nous avons été attentifs aux conséquences que pouvaient avoir des décisions des institutions de la Communauté européenne pour la politique familiale de notre pays. Nous avons entendu sur cette question, en janvier 2009, Stéphane Buffetaut, rapporteur au sein du Conseil économique et social européen d’un Avis qui dressait le constat de la situation démographique plus qu’inquiétante de l’Europe et proposait, sous le nom de Pacte européen pour la famille, des mesures pour y remédier. Il est regrettable qu’aucun des pays qui se sont succédés à la présidence tournante du conseil des ministres n’ait cherché à donner une suite à cette proposition.
Parallèlement aux actions que je viens de citer, qui s’inscrivent dans la durée, nous avons aussi réagi à l’actualité, dans la Lettre trimestrielle ou sur notre blog ou par des interventions de notre président dans les médias,
C’est ainsi que récemment nous avons réagi à :
Une décision du tribunal administratif de Besançon, autorisant à adopter une femme vivant en concubinage avec une autre femme.
La position prise par Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat à l’écologie et tête de liste de l’UMP aux élections régionales, à Paris, en faveur de l’adoption par les homosexuels.
Dans le premier cas, notre réaction a été simultanée au dépôt par Christian Vanneste d’une proposition de loi tendant à réserver aux couples mariés la possibilité d’adopter.
Dans le second, nous avons lancé une pétition demandant à François Fillon et à Xavier Bertrand de sanctionner les propos de Mme Jouanno.
Actions, réactions, notre association a manifesté aussi, dès sa création, la volonté de n’accepter que sous réserve d’inventaire les affirmations présentées sous une apparence scientifique, selon lesquelles tous les modes de vie se valent.
La déclaration de Benoit XVI sur le sida, lors de son voyage en Afrique a été l’occasion de vérifier que les chiffres que nous avions avancés, il y a dix ans sur le taux d’échec du préservatif, de l’ordre de 1/6 dans le cas d’une relation exclusive et durable, était celui reconnu aujourd’hui par la communauté scientifique mondiale, mais toujours tu par les autorités médicales françaises.
Nos recherches sur les conséquences pour des enfants d’être élevés par des homosexuels se sont concrétisés par la publication sur le site Internet d’une expertise du docteur Sharon Quick. La traduction de ce texte, à notre demande, par la Junior entreprise d’HEC est terminée et va être publiée incessamment.
Cette expertise confirme ce que nous avions déjà constaté quant aux nombreux défauts de ces études faites généralement par et pour les amis des homosexuels, qu’il s’agisse de la composition des échantillons ou de l’administration des questionnaires. La comparaison minutieuse faite par le Dr Quick des résultats tels qu’ils figurent dans les études de base et dans celles qui les récapitulent font apparaître un pourcentage de citations erronées égal à 57%.
Enfin, même si cette décision a autant sa place dans le rapport d’activité de la Cour de cassation que dans celui de Famille et Liberté, rappelons que le 12 novembre 2008, la Cour a cassé le jugement ayant condamné Christian Vanneste pour homophobie, en décidant, décision rare, qu’il n'y avait pas lieu de juger de nouveau.
Moyens
Les moyens dont disposait Famille et Liberté, du site Internet au papier à en-tête, lors de l’élection de son nouveau président n’étaient à l’évidence pas à la hauteur de nos légitimes ambitions. Cela joint à la nécessité où nous étions de trouver un nouveau routeur, le précédent ayant cessé son activité, pour nos circulaires nous a conduits à confier à un prestataire une opération de publipostage relative au statut de beau-parent comportant l’envoi de 25 000 circulaires.
Notre trésorier vous a dit dans quelles circonstances cette opération n’a pas eu lieu et pourquoi votre conseil a renoncé à en demander réparation.
A la suite de l’échec de ce projet, nous avons repris en charge l’amélioration de nos documents, en faisant réaliser le logo que vous avez pu voir sur notre plus récent courrier.
Ce logo a également été mis sur notre site auquel nous avons adjoint un blog, un moteur de recherche et un système de paiement en ligne.
Résultats
Il n’est pas facile de mesurer objectivement les résultats de l’action d’une association. Qui pourrait dire, par exemple, la part qui revient à chacun dans l’échec du projet de statut de beau-parent en 2009 ?
Nous vous proposons cependant d’évaluer ceux de Famille et Liberté avec un critère quantitatif et un critère qualitatif.
Ce qui est quantitatif peut être mesuré par le nombre des adhérents ou donateurs, ainsi que par celui des visiteurs du site.
Le nombre des adhérents et donateurs est passé de 980 en 2007 à 1119 en 2008 et redescendu à 890 en 2009. Les motifs, qui vous ont été donnés, du recul enregistré en 2009 n’existant plus en 2010, le nombre de nos adhérents ou donateurs pourrait passer à 1200 avec encore une campagne d’adhésion semblable à celle que nous venons de mener et à 1300 avec deux.
Le nombre de visiteurs du site Internet est passé de 21 000 en 2007 à 35 000 en 2008 et à 39 000 en 2009. Il est pour la période du 1er janvier au 15 mars 2010 de 24 000 contre 9 500 pour la période correspondante de 2009.
Cette progression est due pour une grande part (11 000 visiteurs environ) au lancement sur Internet d’une pétition demandant à François Fillon et à Xavier Bertrand de sanctionner la position prise en faveur de l’adoption par des homosexuels par Chantal Jouanno et pour une autre part aux améliorations en cours du site.
Sur le plan qualitatif, le plus important est le succès des rencontres que nous avons organisées avec Stéphane Buffetaut et avec jean Leonetti, en y associant des associations défendant les mêmes valeurs que nous.
Au cours de la période écoulée nous avons eu à déplorer le décès le décès de deux membres de notre comité d’honneur, M. Jean Foyer, ancien Garde des sceaux et le professeur Roland Drago, tous deux membres de l’Institut. Dans le même temps, Chantal Delsol et Jacques Dupâquier, eux aussi de l’Institut, ont bien voulu accepter d’en faire partie.
Enfin, Antoine Larbanet, trésorier de notre association depuis sa création ayant dû renoncer à sa fonction pour des raisons de santé, Henri de Benoist, administrateur de la première heure, a été élu à sa place par le conseil.
Assemblée générale 2008 de Famille et Liberté
L’assemblée générale de Famille et Liberté s’est réunie le 3 juin sous la présidence de Christian Vanneste, député du Nord, président de l’association
L’assemblée a approuvé à l’unanimité le rapport d’activité retraçant les actions menées depuis l’assemblée précédente pour :
s’opposer aux menaces, mise sous conditions de ressources des allocations familiales, suppression de la carte de famille nombreuse, contre le pouvoir d’achat des familles,
promouvoir, les unions durables entre un homme et une femme, seules conformes à l’intérêt des enfants.
Ont été élus administrateurs :
Philippe
Auzenet, pasteur, auteur, responsable de l’association Oser en Parler,
Denis Chaigne,
président de l’Association Familiale Catholique de Saint-Honoré-d’Eylau,
Jean-Marie
Schmitz, directeur général de Lafarge Maroc.
Les autres membres du conseil d’administration sont, avec Christian Vanneste :
Henri de
Benoist, membre du Conseil économique et social,
Alain Caillaud,
statisticien économiste,
Douce de
Franclieu, présidente du club Courbet,
Antoine
Larbanet, trésorier,
Le recteur
Pierre Magnin.
A la suite de l’assemblée, Elizabeth Montfort, ancien député européen et conseillère régionale d’Auvergne, a montré que le projet du statut du beau-parent est inutile puisque la loi du 4 mars 2002 permet déjà d’organiser les actes de la vie quotidienne entre un tiers et les enfants de son conjoint, et dangereuse puisqu’elle mettrait en concurrence plusieurs adultes vis-à-vis de l’enfant fragilisé par la séparation de ses parents.
Rapport du trésorier : exercice 2007
L’exercice 2007 s’est traduit par une insuffisance de recettes de 6 080 € contre un excédent de 16 630 € en 2006.
La variation du résultat de 2006 à 2007 est due :
à l’augmentation des charges qui passent de 20 000 à 31 000 €. Cette augmentation correspond à une hausse de 7 000 € des frais de prospection et à 4 000 € pour l’étude de la junior entreprise d’HEC sur l’homoparentalité, les frais de personnel diminuant de 3 000 €,
en recettes, à une diminution de 13 000 €, de 51 000 à 38 000 des cotisations, abonnements et dons. Cette diminution correspond pour 6 000 euros à un encaissement en 2006 de cotisations pour 2005 et à une baisse de 1 219 à 1 132 du nombre des adhérents et donateurs, soit 7 %.
Les autres postes de dépenses, dont environ les deux tiers correspondent à des frais de communication, diffusion de la Lettre trimestrielle, circulaires adressées aux adhérents et mise à jour du site Internet, ont peu varié.
Au 31 décembre 2007 les réserves de l’association sont de 76 091 €. Ces réserves sont concrétisées par des titres, par un solde de trésorerie placé en SICAV monétaires.
Antoine Larbanet
Rapport d'activité
Depuis notre dernière assemblée générale, nous avons perdu deux de nos administrateurs, membres de notre conseil dès les premières années de Famille et Liberté.
Le professeur Michel Arthuis, mort brusquement en avril 2007, était pédiatre. Membre de l’Académie de médecine, il avait fait partie du groupe de travail que nous avions constitué pour étudier la politique de prévention du sida basée sur le tout préservatif des gouvernements de l’époque, politique qui reste, malheureusement, celle des gouvernements d’aujourd’hui. Le meilleur hommage que nous pourrions lui rendre serait d’actualiser le rapport du groupe auquel il a participé.
Colette Boxer qui a lutté contre la maladie pendant des années, avec un courage admirable, nous a quittés à la veille du conseil d’administration d’avril. Elle était la fondatrice de la Fédération Internationale des Valeurs Humaines Fondamentales, association qui a publié une série de livres d’éducation civique et d’éducation pour les plus jeunes, Les parents de Julie et la série des Citoyens en herbe.
A l’issue de notre précédente assemblée, en mars 2007, nous avions écouté une conférence de Chantal Delsol sur la différence anthropologique entre les deux sexes et sur le rôle dans notre société de la famille au sens propre du terme, c’est-à-dire de l’union durable et accueillante aux enfants d’un homme et d’une femme. Depuis cette réunion Mme Delsol a été élue à l’Académie des sciences morales et politiques
Qu’avons-nous fait pendant la période de quatorze mois qui sépare cette assemblée de celle que nous tenons aujourd’hui ?
1 Nous avons réagi aux nombreuses menaces contre les familles, dans leurs moyens d’existence, avec la mise sous conditions de ressources des allocations familiales, la suppression de la carte de famille nombreuse et même avec la taxe dite Ecopastille sur les émissions de CO2 des voitures qui accorde le même droit de polluer à un célibataire qu’à une famille nombreuse.
2 Nous avons également réagi aux difficultés créées aux familles dans leurs tâches d’éducatrices par des initiatives bénéficiant du soutien des pouvoirs publics qui, je pense par exemple à l’exposition baptisée du nom élégant de zizi sexuel, sous prétexte d’information, ont souvent des allures d’incitation de mineurs à la débauche.
3 Nous nous sommes également efforcé de relayer des informations venant de la France ou d’autres pays sur le salaire parental en Allemagne, la fiscalité du mariage ou les mariages musulmans contractés sans mariage civil préalable, ce qui est contraire à nos lois, mais, il est vrai, dispense d’avoir, dans certains cas, à demander aux tribunaux l’annulation d’un mariage civil.
Nous pouvons, au vu de ce bilan, éprouver le sentiment d’une certaine utilité, puisqu’un certain nombre des menaces que je viens de rappeler – mise sous condition de ressources des allocations familiales et carte de famille nombreuse – ont été écartées.
Sans essayer de mesurer la part prise par Famille et Liberté dans ces résultats, je me bornerai à rappeler les deux moyens dont nous disposons pour faire circuler l’information.
La Lettre trimestrielle, dont le tirage sur papier est resté stable à 2000 exemplaires, à destination des abonnés, à des élus et à des associations alors que sa diffusion par Internet, concurrente ou complémentaire, atteint 500 exemplaires.
Le site Internet dont la fréquentation a doublé en 2007, avec un peu plus de 20 000 visiteurs contre un peu moins de 10 000 en 2006.
Pour les six premiers mois de l’année 2008, nous aurons environ 15 000 visiteurs contre 10 000 au premier semestre 2007. Jusqu’à présent la mise à jour de notre site, par un professionnel, était faite une fois par trimestre. Nous venons d’ajouter à ce site un blog qui pourra être mis à jour aussi souvent que nécessaire, pour annoncer des réunions, des parutions ou réagir aux événements.
Le deuxième volet de notre activité passe par les circulaires que nous adressons à nos adhérents et sympathisants ainsi qu’à d’éventuels adhérents.
Ces circulaires ont été au nombre de trois en 2007, y compris celle annonçant notre assemblée générale et la conférence de Mme Delsol. Deux ont été diffusées à ce jour en 2008, une en janvier, accompagnée, s’il y avait lieu, du reçu des versements qui nous avaient été faits en 2007 et l’autre au mois de mai, annonçant notre réunion de ce jour sans donner le nom de notre conférencier, celui qui était prévu s’étant désisté au dernier moment et notre envoi ayant dû être fait, pour des raisons de délais postaux, avant que nous ayons pu inviter Mme Montfort. Ces circulaires sont à la fois un lien avec ceux, répartis dans toute la France, qui partagent nos convictions et le moyen de recueillir leur soutien.
En 2007, ces soutiens, sous forme de cotisations ou de dons, ont été le fait de 1 103 personnes. Ils étaient 1246 à le faire en 2006 et 983 en 2005, ce qui fait de 2007 une année moyenne, les variations observées d’une année à l’autre reflétant une stabilité du nombre de ceux qui s’intéressent à notre action, mais la soutiennent plus ou moins en fonction des circonstances.
Les circulaires nous permettent aussi de nous manifester auprès des élus. C’est ainsi que nous vous avons proposé à deux reprises en 2007 de signer avec nous une lettre au député de votre circonscription lui demandant d’œuvrer en matière de politique familiale pour une rupture avec l’esprit de mai 68, à l’instar de ce qui avait été annoncé en matière économique. Nous avons pu ainsi transmettre 800 lettres à 88 parlementaires, en mettant en réserve les autres.
Le troisième volet de notre activité consiste à vérifier la valeur des arguments scientifiques ou d’apparence scientifique de ceux pour qui tous les choix de vie se valent. Nous l’avons fait à la création de notre association pour la politique de prévention du sida, nous le faisons actuellement à propos de la revendication d’un droit à l’enfant pour les homosexuels.
Pour ceux qui soutiennent cette revendication, un arrangement, révocable à tout moment, de vie commune de deux personnes, de sexe opposé ou de même sexe, constitue une famille, aussi apte que toute autre à élever des enfants.
Alain Caillaud, que vous avez élu comme administrateur lors de notre dernière assemblée, a bien voulu se charger de vérifier la validité des études comparant des enfants élevés par des couples homosexuels avec ceux élevés dans des conditions différentes. Des raisons familiales l’empêchant d’être avec nous aujourd’hui, je peux vous dire que la phase de recensement des études sur le sujet, menée avec le concours de la Junior Entreprise d’HEC, est terminée et que la vérification de la validité statistique de ces études est en cours.
Cette vérification demande un travail important, en raison du nombre des études recensées et de la discrétion généralement observée par leurs auteurs sur la façon dont ils ont procédé. Devant l’ampleur du travail, nous nous sommes naturellement demandé s’il était utile de le mener à son terme, alors que des critiques pertinentes portant en particulier sur le faible effectif des groupes étudiés, la façon dont ils ont été composés et la manière dont les questionnaires ont été administrés ont été plusieurs fois formulées.
Il nous a paru qu’il fallait aller plus loin, parce que les partisans de l’homoparentalité bénéficiant d’un préjugé favorable des médias, le bon sens et l’expérience de nombreux professionnels ne suffisent pas à faire prévaloir le principe de précaution, si à la mode dans d’autres domaines, pour faire obstacle à ces revendications. Il est donc nécessaire de démontrer que les arguments sur lesquels s’appuient ces revendications sont faux.
C’est ce que nous nous efforçons de faire.
Lors de notre précédente assemblée, nous avions élu Alain Caillaud et Christian Vanneste à notre conseil d’administration. Au cours de la présente assemblée se renouvellement se poursuivra, si vous voulez bien accorder vos suffrages à trois nouveaux candidats.
Conformément à nos statuts, qui disposent que l’assemblée générale élit les administrateurs et le conseil le président, j’ai présenté ma démission à celui qui s’est réuni le 8 avril, en lui proposant de porter à la présidence M. Christian Vanneste.
Les plus anciens adhérents de Famille et Liberté se souviennent peut-être qu’il avait été prévu lors de sa création en 1995 que je serais l’assistant du recteur Pierre Magnin son premier président.
Pierre Magnin ayant dû renoncer à la présidence en 1997, j’ai depuis lors assuré une sorte d’intérim, en cumulant les deux fonctions. Pourquoi cet intérim a-t-il duré onze ans, alors que mon premier devoir était de trouver un successeur au recteur Magnin ? Parce qu’il n’est pas facile de trouver un président, parce que, cumulant deux fonctions, je n’avais guère le temps de chercher un successeur ou parce que j’ai pris goût à la fonction ?
Si j’y ai pris goût, pour ne revenir que sur cette dernière explication, c’est parce que je crois que l’action que nous menons est utile, mais c’est aussi en raison du soutien que vous m’avez apporté et de l’indulgence que vous m’avez manifestée. Vous pourriez vous les reprocher au vu des résultats bien insuffisants obtenus, je ne peux que vous en remercier et je le fais de tout cœur.
Christian Vanneste a prouvé qu’il avait les convictions, les compétences et le courage nécessaires pour agir en faveur de la famille. Son engagement a été tout autant réfléchi que l’a été la décision de notre conseil d’administration. Sa fonction de parlementaire est à la fois une source d’opportunités et de difficultés. Je suis convaincu qu’il saura, pour la famille, exploiter les opportunités et assumer les difficultés.
Il m’a demandé de continuer à lui apporter le concours que je m’étais engagé à apporter au recteur Magnin. Je le ferai avec des convictions inchangées.
Lettre 53 – juin 2008
Assemblée Générale du 7 mars 2007 : rapport d’activité
Depuis décembre 2005, c’est-à-dire depuis cette assemblée, notre activité a poursuivi sous sa forme habituelle. C’est-à-dire que nous avons utilisé les moyens dont nous disposons : la lettre trimestrielle, le site Internet, et les publipostages par voie postale et par courrier électronique.
Le changement par rapport à 2005, c’est, bien entendu, la création du fichier d’adresses électroniques et le développement du site Internet. Ce développement du site Internet est satisfaisant si on le considère en pourcentage, puisque, en 2006, le nombre de visiteurs a plus que doublé par rapport à 2005. Il est tout à fait insuffisant, donc insatisfaisant, si on le considère en valeur absolue puisque nous avons eu 9 800 visiteurs à peu près en 2006.
Au rythme actuel, nous devrions en avoir le double, aux environs de 20 000 en 2007. Je renouvelle l’appel à ceux qui seraient intéressés par une réflexion sur la conception et sur l’organisation du site, sur les thèmes traités, la création de liens, etc.
Les actions que nous avons menées dans l’opinion, ont été concentrées, encore une fois, sur les questions liées à l’homosexualité sous deux aspects : celui de l’homoparentalité et celui relatif à M. Vanneste qui, vous le savez, avait été condamné au début 2006 pour propos homophobes, et l’a été, de nouveau, en appel, au début de 2007.
L’autre partie de cette action, sur l’homoparentalité, a visé M. Sarkozy qui n’est pas le seul candidat à la présidence de la République, mais qui est du même parti que M. Vanneste. Il y avait, donc, une chose précise à lui demander ; c’était de ne pas lâcher M. Vanneste, mais, au contraire, de le soutenir. C’est aussi un de ceux qui a le plus de chance d’être élus et dont la position sur ce sujet peut sembler, quelquefois, hésitante et a même varié au cours du temps.
Alors que Mme Royal, à son corps défendant ou de bon cœur, je n’en sais rien, a fait le choix, indiscutablement, de reconnaître le mariage homosexuel et l’homoparentalité,
M. Sarkozy, comme M. Bayrou, n’a pas fait de choix aussi clair et, par conséquent, on peut penser qu’il y a moyen de l’influencer.
Nous avons envoyé des messages par Internet, très difficiles à dénombrer parce que, si nous envoyons un message à nos correspondants en leur disant : « Relayez et envoyez un message au siège de l’UMP », nous ne savons pas combien le font.
Nous avons aussi envoyé des courriers postaux et reçu, dans le cas de la lettre à M. Sarkozy, au début de l’année 2006, un millier de réponses donnant, en moyenne, deux à trois adresses, de la part de nos adhérents et donateurs, qui sont, pour l’année 2006, de 1 250.
Je confonds le nombre des adhérents et celui des donateurs parce que c’est une question de choix personnel de se considérer comme cotisant ou de se considérer comme donateur. Les différences sont faibles. Le régime fiscal est le même, et les droits d’un adhérent sont, évidemment, de participer à l’Assemblée générale, mais comme nous y invitons les donateurs, il ne reste plus que le droit de vote et le droit de se présenter au Conseil d’administration qui distinguent l’un de l’autre, sans que cela, d’ailleurs, n’implique d’autres obligations.
Les chiffres que je viens de vous donner, de 1 200 et quelques adhérents et de 1 000 lettres que nous avons transmises à M. Sarkozy, nous amènent tout naturellement, à nous interroger sur l’efficacité de notre action et sur les moyens de l’améliorer.
Ce qui fait la force de notre action, c’est que, par les courriers que nous envoyons, nous nous efforçons et nous obtenons, me semble-t-il, de créer chez nos correspondants l’envie de s’adresser eux-mêmes à tel ou tel homme politique qu’on leur a désigné ou à d’autres. Nous sommes, un peu, des fournisseurs de matière première, chacun y prenant ce qui lui convient. Nous fournissons un cadre, sans lequel certains auraient réagi sans que personne ne le leur demande, mais d’autres pas.
Ce qui fait la faiblesse de notre action, c’est que nous ne fournissons pas un outil commode à ceux qui veulent simplement crier leur colère devant - et nous pouvons comrendre leur réaction - le traitement qui est fait à la famille.
Nous avons choisi, en effet, de faire appel à la raison plutôt qu’à la violence, ne fût-elle que verbale ; parce que nous pensons que c’est la raison qui peut triompher à la longue et non pas la violence, ou, tout au moins, que la violence, même si elle vainc, ne mène pas à de bons résultats.
Aux yeux des politiques, cela a-t-il plus de poids ? Est-ce que dix lettres raisonnées ont plus de poids que cent signatures rageuses ou le contraire ? Ma foi, je n’en sais rien, mais ce que je sais c’est que de toutes les façons il faut que nous soyons cohérents. Donc, à partir du moment où l’on fait appel à la raison, il faut continuer.
A cet égard, je vais évoquer la question des études sur l’« homoparentalité ». Il y a un an, je vous avais dit que toute l’argumentation des partisans du droit à l’enfant pour les homosexuels est basée sur une utilisation, pour ne pas dire exploitation, d’études scientifiques ou à apparence scientifique qui toutes aboutissent au résultat que les enfants de couples homoparentaux ne se portent pas plus mal que, ou tout aussi bien que, ceux de couples hétérosexuels.
Ces études sont très suspectes, Xavier Lacroix a écrit un certain nombre de choses là-dessus, et je vous avais dit que nous cherchions à faire faire une revue de ces études pour mesurer leur validité statistique. Nous nous sommes adressés aux Junior Entreprises des deux écoles qui forment des statisticiens en France, l’ENSAE, Ecole nationale de la statistique et de l’administration économique, et l’ENSAI, Ecole nationale de la statistique et de l’analyse de l’information. Nous avons essuyé un refus de faire cet examen critique des études existantes, de la part de l’une, puis de la part de l’autre, avec, pour explication, obtenue avec peine : « C’est un sujet trop sensible, nous ne voulons pas que l’on nous associe à des conclusions qui pourraient être défavorables, aller contre la cause homosexuelle ».
Nous avons fini par trouver une troisième école qui a bien voulu accepter. Je ne vous donnerai pas son nom, parce que tant que l’étude n’est pas finie, ce n’est pas la peine, n’est-ce pas, de les soumettre à des pressions. Nous lui avons demandé de faire un recensement de tout ce qui existe en la matière, et c’est Alain Caillaud, présent dans cette salle, qui a fait toute sa carrière professionnelle comme administrateur de l’INSEE, qui a bien voulu se charger de superviser cette étude de la Junior entreprise.
Pour illustrer les choses, je vais vous donner un exemple précis. Tasker et Golombok ont fait plusieurs études tendant à démontrer que les enfants élevés par un couple de lesbiennes se portaient aussi bien, psychologiquement et mentalement, que les enfants élevés par une mère seule. Ce qui est déjà une entourloupette, bien entendu, puisque la logique, ce serait de les comparer avec des enfants élevés par leur père et leur mère ou dans une famille recomposée.
Une des questions est de savoir si le fait d’être élevé par « deux mères » homosexuelles, augmente la probabilité de l’être à son tour. Ce n’est, d’ailleurs, du point de vue des homosexuels, sans doute pas un mal, mais enfin, ils acceptent d’examiner la question pour répondre à la critique qu’on leur fait là-dessus. Et ils arrivent à la réponse que non, qu’il n’y a pas de différence significative entre les deux populations étudiées à l’égard de ce comportement.
Ils concluent qu’il n’y a pas de différence, alors que, arrivés à l’âge adulte, à la question de savoir s’ils avaient éprouvé des attirances homosexuelles, neuf sur vingt-cinq des enfants de lesbiennes répondent « oui », soit dans 36 % des cas, alors que quatre sur vingt des autres répondent « oui », soit 20 % des cas. Et à la question de savoir s’ils ont eu des relations homosexuelles, six répondent oui dans le premier groupe et aucun dans le second. Dire qu’il n’y a pas de différence entre 6 et 0 quand il s’agit de groupes de 20, c’est nier l’évidence. Ce sont toutes ces manipulations qu’il faut démonter, sur l’homoparentalité et dans d’autres domaines concernant la famille.
En conclusion, ce que je voudrais vous dire, au fond, c’est : à quoi pouvons-nous servir, et qu’est-ce qui nous fait agir ? Sur le « à quoi pouvons-nous servir ? », un de nos adhérents m’a envoyé un petit mot en me disant : « Je ne sais pas si je pourrai venir... » et, « ... comme je suis au fond de ma province... », je crois qu’il me taquinait un peu, « ... je ne sais pas pour qui il faut voter. Et j’espère que vous allez donner des éléments pour éclairer ce choix ».
Ce n’est pas le rôle de Famille et Liberté, et encore moins le mien, que de conseiller des choix, que je trouve, d’ailleurs, pas faciles à faire pour ma part. Mais il faut essayer d’agir auprès des hommes politiques, en leur faisant sentir leur illogisme.
M. Bayrou disait récemment : « Je suis pour la famille [...], mais quand un couple homosexuel me dit : nous n’allons pas pouvoir nous transmettre notre patrimoine… », je lui réponds qu’il y a en France un problème des droits de succession parce que l’Etat est trop gourmand ; mais pourquoi ferait-on une exception pour les gens qui, du même sexe, ont ce que Madame Guigou, quand elle était Garde des Sceaux, au moment du vote du PACS, appelait « une communauté de toit et de lit ». Pourquoi un artiste n’aurait-il pas le droit de léguer son atelier, dans des conditions financièrement supportables, au meilleur de ses disciples ? Ou un chef d’entreprise aux cadres les plus efficaces ? Les difficultés sont les mêmes, et je ne vois pas ce que, là-dedans, viennent faire les relations sexuelles ou même affectives. De quoi se mêle le fisc, en l’occurrence ?
Dans un contexte qui n’est pas très réjouissant, avec un lobby homosexuel en position conquérante, je pense cependant que s’agissant du couple, de la famille et du rôle de la famille, que la pente actuelle ne doit pas, mais ne peut pas non plus durer indéfiniment et que c’est ce qui, à mes yeux, légitime notre combat. De même que, s’agissant des pays de l’Est, je ne croyais pas aux lendemains qui chantent du communisme, de même je ne crois pas à ceux de la famille à géométrie variable.
Éloge de M. Lestradet
par M. Arthuis
Bulletin Académie Nationale de Médecine., 1998,182, n° 6, 1111-1117, séance du 23 juin 1998
Connaissant Henri Lestradet depuis plus de 45 années et l'ayant vu pour la dernière fois le Ier Juillet 1997 au pied de cette Tribune, après la séance, discutant avec quelques amis et sa fougue habituelle de ce qu'il faudrait faire à la rentrée, nous ne pouvions imaginer, ce jour-là, qu'avec un tel entrain et un tel enthousiasme, il ne reviendrait plus jamais parmi nous.
Henri Lestradet est né le 17 février 1921 à Esternay, village de la Marne, situé près de Cézanne. Son père y était vétérinaire et son grand-père boulanger. Enfant unique, il fut élevé par des parents travailleurs et généreux, qui l'ont forgé à leur image. A l'Institution Saint Étienne à Châlons-en-Champagne il a acquis une solide base humaniste classique et scientifique lui permettant de réciter La Légende des Siècles, de lire le latin et le grec, et d'avoir un excellent niveau en mathématiques. D'après les souvenirs de ses amis d'alors, il semble que déjà il était doué pour l'enseignement, Le scoutisme a beaucoup influencé sa ligne de vie, ayant gardé le sens des choses simples et la notion de service des autres. Ses actes ont toujours eu pour but l'amélioration et le bien-être de son prochain, comme nous l'a écrit son fils François. Parvenu à la fin de ses études il choisit de faire sa médecine. Il vient à Paris et vivra Place du Tertre avec sa famille. D'un côté son jardin avec une vue sur tout Paris, de l'autre la célèbre Place connue du monde entier.
Sa carrière hospitalo-universitaire est facile : médecin des Hôpitaux en 1960, Chef de Service en 1968 à Trousseau puis à Hérold en 1971, il devient agrégé en 1962, Professeur de Pédiatrie en 1970. Membre de nombreuses sociétés savantes, auteur de 17 livres de diabétologie et de nutrition, il était titulaire de récompenses et de distinctions honorifiques. Il était Officier de la Légion d'Honneur.
C'est au cours de son internat que tout va se décider. Nommé en 1946, après avoir acquis une bonne formation en biochimie par l'intermédiaire d'une Licence en Sciences en 1942, il s'intéresse dès cette époque aux maladies métaboliques de l'enfant. C'est au point qu'il va interrompre son internat en médecine pour partir aux États-Unis en 1949 au Laboratoire de Recherches du Children's Hospital de Cincinnati dirigé par le Professeur George Guest, qui restera pour lui un ami de toujours. Ce séjour va décider de toutes ses orientations cliniques et de recherches. À son retour des États- Unis, en 1950, il termine son internat et comme il avait constaté qu'à Cincinnati les enfants ne mouraient plus de déshydratation et surtout qu'il avait compris l'importance des connaissances de la physiologie et des mesures biologiques, il rejette les attitudes traditionnelles. Il mesure les électrolytes plasmatiques avec des microméthodes alors qu'il fallait à l'époque deux à cinq jours pour obtenir un dosage de sodium ou de potassium au prix d'un prélèvement de 10 ml. Sa proposition d'utiliser le potassium dans les perfusions intraveineuses est mal reçue. À cette époque, il avait coutume de dire avec humour: « le potassium tue les chiens. Et pourtant la veille de Noël 1950, alors qu'il était de garde, il obtient de son patron Marcel Lelong l'autorisation de l'utiliser dans les solutions de perfusion. Les résultats pour ces enfants ont été si spectaculaires sur la réduction de la mortalité passant de 20% à 0,3 %, que l'usage du potassium s'est répandu rapidement dans les solutions dites « solutions-Lestradet ». Participaient à ces travaux son ami Claude de Ménibus et notre collègue Pierre Mozziconacci. Le traitement de l'acidocétose diabétique, qu'il a codifié par la suite, s'inspirait déjà de ces notions de réhydratation.
Devenu Chef de Clinique à la Chaire de Clinique des maladies infantiles dirigée par Robert Debré, puis Chef de Laboratoire dans ce service entre 1951 et 1955, il consacre l'essentiel de son activité à la recherche médicale, étudiant simultanément plusieurs problèmes ayant trait aux maladies métaboliques de l'enfant.
La pathologie rénale fait alors l'objet d'un nombre important d'études et de communications. Il s'agissait de la mise au point des chromatographies, des épreuves d'acidification, de l'étude du métabolisme phospho-calcique et de celui des acides aminés.
Le métabolisme glucidique, sa régulation mais aussi la galactosémie, la fructosémie retiennent son attention et de nombreuses publications en sont une preuve ainsi que les questions qui agitaient alors les pédiatres, à savoir les vomissements acétonémiques.
Mais c'est le diabète de l'enfant qui retient toute son attention. Il va devenir à partir de 1950 le centre de toute sa vie et sera l’objet essentiel de ses réflexions, de ses recherches en tant qu'Attaché, Chargé, puis Maître de recherche avant de devenir Directeur du groupe INSERM U 83, Il faut se rappeler qu'à cette époque trois maladies dominaient la pédiatrie: la poliomyélite, le rhumatisme articulaire aigu et la tuberculose. Henri Lestradet affronte dès cette époque le problème du régime dans le diabète insulino-dépendant de l'enfant. À ce moment les enfants diabétiques avaient pratiquement tous des retards de croissance et ils faisaient l'objet d'hospitalisation prolongée pour des incidents d'hypoglycémie ou de cétose itérative. Ils étaient soumis à une alimentation très restrictive en glucide et de ce fait tout à fait déséquilibrée. Il remet alors en cause la conception traditionnelle du diabète, à savoir la notion de la non utilisation du glucose dans un organisme privé d'insuline. Il défend au contraire le concept d'utilisation du glucose, même en l'absence d'insuline, grâce à un phénomène compensateur que représente l'hyperglycémie. Le traitement du diabète s'en est trouvé fondamentalement transformé puisqu'il ne s'agissait plus de faire utiliser davantage de glucose à un organisme dont le métabolisme cellulaire était normal, mais à utiliser cette quantité de glucose normalement consommée, en glycémie normale. Il insista à ce moment sur le rôle du foie pratiquement oublié et qui débitait chez le sujet diabétique à jeun la même quantité de sucre que le sujet normal.
En 1955, au Congrès de Pédiatrie de Marseille qui marque une grande date pour Henri Lestradet, il exposa l'ensemble de cette question en collaboration avec Pierre Royer. Cette conception aboutissait à un remodelage total du traitement du diabète conduisant en particulier à recommander une alimentation normale. Ceci a fait scandale à l'époque et a dressé pratiquement, contre les pédiatres, la totalité des diabétologues. En effet, le traitement du diabète à partir de 1950 était le suivant pour les enfants diabétiques: prise en charge par le malade lui-même aussi parfaitement éduqué que possible, adaptation des doses d'insuline en fonction des examens d'urine pratiqués par le malade lui-même à partir d'un cahier de traitement. Il en résultait une grande autonomie et une liberté de vie jusqu'ici inconnue: c'est ce qu'on appelle actuellement l'auto-contrôle du diabète. Cette manière de traiter a instantanément fait sentir ses effets: suppression des retards de croissance, diminution drastique des hospitalisations.
Mais pour Lestradet commence une longue période d'isolement. Il n'en continue pas moins son œuvre. Rien ne pouvait l'arrêter, car il voulait faire sortir les enfants diabétiques de nos hôpitaux.
En même temps le problème du coma diabétique continuait à retenir son attention. Il a pu poursuivre ce travail non seulement chez l'enfant mais chez l'adulte dans le service du Professeur Azerad. Il amis au point une thérapeutique qui n'a subi pratiquement aucune modification. C'est à cette époque où on avait cru déceler une hyperpyruvicémie. Il a montré qu'il s'agissait d'une erreur technique et que les administrations de cocarboxylase, qui semblaient intervenir, étaient un leurre.
A côté de ses travaux de recherche, il met au point dans le service de Robert Debré un système de consultations pour diabétiques qui depuis 1950 ont pris une extension considérable dans de nombreux services de pédiatrie français et étrangers. C'est ainsi que partant des15 premiers malades suivis dans le service du Professeur Robert Debré, il est parvenu à en faire suivre près de 3 000. En 1963 quittant les Enfants Malades, la néphrologie prenant son indépendance sous l'impulsion de Pierre Royer, Henri Lestradet crée à Hérold un groupe autonome qui devient en 1967 l'Unité de recherche INSERM U 83 sur le diabète et la nutrition chez l'enfant, qui sera ensuite dirigée en 1983 par Jehan-François Des jeux. Grâce à Madame Deschamps et une équipe de jeunes collaborateurs, si nombreux que nous ne pouvons les citer, il montre que spontanément l'enfant diabétique bien soigné, absorbait exactement les mêmes quantités de nutriment qu'un enfant normal de même poids et de même âge. Il se produit donc chez l'enfant diabétique une adaptation parfaite des apports aux besoins. Il montre également qu'il n'y a aucune corrélation entre les quantités de glucide absorbées dans l'alimentation et les besoins insuliniques nécessaires pour traiter correctement un diabétique, notion fondamentale pour l'utilisation des pompes à insuline continues. Il s'élève contre l'épreuve d'hyperglycémie provoquée et, grâce à des travaux personnels, il s'oppose à l'époque aux campagnes de dépistage du diabète appuyé uniquement sur cette épreuve. Avec Madame Deschamps et J. Tichet, en 1965, il ajoute aux explorations en cours les premiers dosages radio-immunologiques d'insuline effectués en pédiatrie en France.
L'année suivante un article paru dans la presse médicale, qu'il considérait comme fondamental, était intitulé : « le diabète ou les diabètes sucrés ». Il précisait qu'à son avis le diabète sucré n'était pas une entité mais un syndrome. Il y avait d'un côté le diabète lié à une carence insulinique et de l'autre les hyperglycémies dans lesquelles le pancréas était intact et qui étaient liées à des récepteurs périphériques perturbés. Ceci a provoqué dans la presse diabétologique un tollé et Henri Lestradet fut victime, comme il l'écrit, d'une conjuration du silence qui frappa ses publications. Membre de la Commission VII de l'INSERM en 1967, il avait l'honneur de rédiger un rapport concernant le diabète sucré qui devait déterminer l'orientation des recherches pour les dix années à venir. 1968 balaya tout. Ce fut pour Lestradet une vraie traversée du désert. Il poursuivit cependant sa route sans faillir entre 1966 et 1978. Il précise la pluralité des diabètes. Il entreprend une étude génétique sur un millier de familles de diabétiques lui permettant de définir l'existence d'une hérédité tout à fait différente dans le diabète insulino-dépendant et les autres types de diabète non-insulino-dépendants. Avec l'équipe de Jean Dausset, il reprend tous ces problèmes de l'hérédité du diabète avec l'étude des groupes HLA. En 1973 il individualise, sous le nom de forme fruste, un diabète non insulino-dépendant de l'enfant qui fit l'objet entre son laboratoire, celui de Fajan et de Tattersal, de communications et d'échanges de documents. Mais la publication américaine de cet auteur paraît sans citer le travail de 1973 de Lestradet, ce qui ne lui a pas permis d'accéder à une publication dans « Diabètes » en 1975. C'est ainsi qu'une pub1ication princeps en anglais occulta celle de Lestradet. Malgré ces embûches il poursuit sa route par une étude épidémiologique avec Jacques Hesse, donnant la carte exacte du diabète insulinodépendant en France, par un travail avec Labran sur la biomicroscopie conjonctivale et par une étude prospective portant sur les 372 premiers diabètes infantiles traités entre 1950 et 1981 par son équipe. Il s'agit d'une première étude utilisant les statistiques actuarielles, permettant d'avoir une idée précise de l'avenir des enfants diabétiques sans omettre les complications lointaines et la fréquence de la mortalité.
Il faut attendre 1978 pour que cesse la traversée du désert de notre ami. Au Congrès de diabétologie de Vienne en 1978, Pike reprend dans une leçon magistrale la notion de la pluralité des diabètes et bien entendu toutes les conséquences qu'Henri Lestradet avait déjà développées 12 ans plus tôt. À partir de cette date, sans reconnaître formellement l'antériorité de son groupe, nos collègues français ont modifié leur attitude vis-à-vis de la pédiatrie. C'est à ce moment que Lestradet a été élu Président de la Société des diabétologues de langue française, puis Président de la Société de Nutrition et de Diététique. Il crée par ailleurs le groupe international d'études sur le diabète de l'enfant et de l'adolescent. Il devient dans le même temps expert international pour le diabète de l'Association internationale de pédiatrie et Délégué français pour le diabète infantile à la Fédération Internationale du Diabète.
Il était très reconnaissant à Madame Deschamps et aux équipes de Jean Dausset, de Ludvigson et de Jean-François Bach de lui avoir permis de compléter son étude des groupes HLA dans les familles des enfants diabétiques ainsi que chez les sujets à risques, c'est-à-dire les frères et soeurs HLA identiques.
Il s'est refusé d'utiliser la cyclosporine chez les enfants diabétiques en raison de l'éthique, qui interdit toute expérimentation en pédiatrie lorsque l'étude chez l'adulte n'est pas menée à son terme. Il me l'a dit: « il était révolté à l'idée que certains étaient parvenus avec l'aide d'un Comité d'éthique local à contourner cet interdit, mais il regrettait qu'ils aient omis de publier leur insuccès ».
Entré à l'Académie de Médecine en 1988 il y était très heureux, participant avec assiduité, compétence et vigueur aux travaux de plusieurs commissions, en particulier à ceux de la Commission IX intéressant la maternité, l'enfance et l'adolescence et à celle des prix. Il était particulièrement content d'avoir rédigé en 1996, avec le Président René Küss, un rapport sur le sida car il voulait que l'on puisse donner à notre pays, et surtout à notre jeunesse, une information scientifique exacte et non tronquée.
Tel était cet homme exceptionnel. Il fut un novateur en Santé Publique en créant les premiers camps de vacances pour jeunes diabétiques en 1953 avec son ami le Docteur Jacques Besse et l'appui de Robert Debré, Guest et Aujaleux. « Humaniser l'Hôpital - disait-il- c'est d'abord faire sortir les enfants de l'hôpital ». Chaque année, avec son épouse et ses enfants, prenant plusieurs semaines sur ses vacances, il a accompagné les jeunes diabétiques pendant plus de 10 années. En 1956 il crée une association, l'AJD ou Aide aux Jeunes Diabétiques, dont le but était non pas de regrouper des malades mais d'éduquer ces patients, leurs parents et également les médecins traitants et leurs infirmières pour faire des jeunes diabétiques des sujets autonomes. Ces camps de vacances étaient relayés par un Bulletin d’information trimestriel, qui depuis cette date est régulièrement publié et tiré à 12 000 exemplaires. Des maisons de vacances fonctionnent depuis cette date, chaque année deux mois par an en été et 8 à 15 jours pendant les vacances d'hiver, où des camps-ski ont été organisés. Ces camps de vacances, qui regroupent près de 800 enfants diabétiques par an, nécessitent un encadrement considérable de médecins et d'infirmières. Plus de I 000 médecins français et étrangers ont participé à ces camps et ont appris à soigner correctement le diabète. La mise en place en France de cette organisation pour les jeunes diabétiques a fait école puisque la Belgique, la Suisse, l'Italie, la Tunisie, l'Algérie et la Pologne ont pris modèle sur l' AJD pour créer avec son aide, dans leur pays, des associations comparables. Nous ne pouvons citer tous les noms de ses élèves et de ses amis. Disons que Claude de Ménibus, Charles Jezequel, Jean-Jacques Robert, Michel Cahané et Jehan-François Desjeux lui ont rendu ailleurs un vibrant éloge. Les 500 nouveaux diabétiques, qui apparaissent en France chaque année avant l'âge de 15 ans, sont ainsi éduqués depuis 1953 de façon efficace.
Il était un enseignant passionné remarquable, aimé de la jeunesse. Il était servi par une mémoire prodigieuse. Comme l’écrit son fils François, il avait une capacité d'isolement parcourant un nombre impressionnant de revues en toutes langues, prenant sur des cahiers des notes qui lui permettaient ensuite d'en faire une synthèse très documentée. Ses enfants en ont bénéficié le soir après le dîner, la table débarrassée ; il disséquait pour eux la physiologie et la pathologie cellulaire sur des enveloppes ouvertes et retournées en guise de feuilles de brouillon, recouvertes de son écriture illisible. En effet l'enseignement était sa passion. Tous les pédiatres ont connu l'ardeur qu'il mettait à faire passer ses messages. Il avait deux grandes idées directrices: une croyance profonde que la physiologie était la base de la médecine et que la connaissance de la physiologie et de la physiopathologie devait permettre aux médecins en toute circonstance et au malade qui connaît sa maladie de se prendre en charge personnellement. Il reconnaissait l'influence de Claude Bernard sur sa manière de penser mais il voulait en plus partager ses connaissances avec le patient. C'est ce qu'il fit pour le diabète et le Bulletin de l'AJD est rempli de ses textes destinés aux enfants, à leurs parents, à leurs médecins, le tout illustré par des schémas mis au point par lui-même avec des expressions imagées, hautes en couleur, que nous avons tous entendues, même en salle de garde. C'était parfois des exposés épiques sur l'origine cellulaire de l'énergie, sur la mitochondrie, J'éclatement des lysosomes, l'inondation du foie par les acides gras et les corps cétoniques, se terminant par un nuage de craies de multiples couleurs.
Il était courageux. Il affronta avec dignité les indifférences de ses collègues diabétologues. Il souffrait d'être incompris et ses amis intimes le savaient bien. Il se moqua bien des sarcasmes injustes qui lui furent adressés quand il prenait parti contre les messages officiels de la lutte contre le sida. Il avait trop le souci d'un langage de vérité vis-à-vis de la jeunesse pour ne pas s'arrêter à d'injustes insultes. Scrupuleux et anxieux, il demandait conseil en écrivant aux autorités non médicales les plus élevées. Car cet homme était droit, consciencieux et loyal. C’était un homme juste.
Il était gai, il aimait chanter. Nous avons appris par ses enfants qu'il existe un registre de chansons composées au sein de l'AJD dans le cadre des colonies de vacances. Tous nous avons entendu, sur l'air de Bambino : « les yeux battus, la mine triste, les joues blêmes, tu ne manges plus, tu n'es que l'ombre de toi-même... mais des médecins revenus des Amériques... Bonbons, caramels, esquimaux, chocolat, c'était défendu, maintenant ça ne l'est plus... »
Il était patriote. Médecin-lieutenant FFI en 1944, il s'est engagé à la première armée française.
Il fut courageux jusqu'au terme de sa vie. Il se savait atteint dans son cœur mais il ne voulut pas que ça se sache. Il s'est éteint brusquement le 14 juillet 1997 dans sa maison de campagne, à Nesle-la-Reposte, dans la Marne, après une fête de famille tandis qu'il s'était endormi pour faire une sieste. Chrétien il fut toute sa vie. Le jour de la cérémonie à St Pierre de Montmartre le
18 octobre 1997 on chanta la prière scoute, où il est dit: « être généreux...servir...se donner sans compter... combattre sans souci des blessures travailler sans chercher le repos ». Tel fut Henri Lestradet. L'Officiant, un de ses amis, avait choisi le chapitre XXV de Saint Matthieu et commenté les versets 45-46. Nous pensons que Celui auquel croyait Henri a dû lui dire: Viens, tu as tant fait pour les enfants diabétiques et leurs familles.
Madame et chère amie je vous adresse ainsi qu'à vos enfants François, chirurgien-orthopédiste, Anne, Directrice d'une PMI, Luc, jardinier au Muséum, Marie-Odile, pédiatre, Claire, infirmière et Marie, Professeur de musique, mes très affectueuses et amicales pensées sans oublier ses petits-enfants, qu'il aimait guider comme il l'avait fait pour vous. Je vous assure que votre époux, votre père, restera pour tous nos confrères un grand pédiatre qui a marqué son temps. Il fut un novateur et un créateur aimé de tous ses élèves et de tous les enfants diabétiques, qui doivent tant à l'AJD.
Nous ne l'oublierons pas.
Colette Boxer qui était administratrice de Famille et Liberté depuis de nombreuses années, nous a quittés en avril 2008. Elle était la fondatrice de la Fédération Internationale des Valeurs Humaines Fondamentales FIVA, association qui a publié une série de livres d’éducation civique et d’éducation pour les plus jeunes, Les parents de Julie et la série des Citoyens en herbe.
Le Général Delaunay, président de France Valeurs et vice président de la FIVA, lui a rendu un hommage dans les termes suivants :
Arrivant
d’horizons différents mais partant des mêmes constatations, elle fondait la FIVA
en 1984 alors que je créais France-Valeurs. Nous avons vite senti que nous
poursuivions le même but et nous avons uni nos efforts pour identifier et
promouvoir ce que nous appelions les Valeurs humaines fondamentales, ces piliers
qui permettent aux hommes et aux sociétés de tenir debout.
A travers son élégance, sa distinction, la
gentillesse de son accueil j’ai reconnu immédiatement en elle une grande dame.
J’ai apprécié d’emblée son dynamisme communicatif, son esprit brillant, la
hauteur de ses sentiments et son opiniâtreté pour faire aboutir ses projets.
J’ai trouvé en elle une chrétienne convaincue et une vraie amie.
Pendant plus de 20 ans, j’ai travaillé, avec joie, au sein de l’équipe
qu’elle avait rassemblée pour rédiger ses livres d’éducation civique, puis
d’éducation tout court, pour monter des colloques, notamment sur la violence à
l’école, pour organiser le prix FIVA destiné à récompenser d’heureuses
initiatives éducatives.
J’ai constaté qu’elle avait beaucoup d’entregent, qu’elle savait animer
une réunion, respectant les participants et les ramenant à l’essentiel.
J’ai partagé son souci de réagir publiquement dans le domaine des idées
chaque fois que la dignité humaine était menacée, notamment dans les médias.
J’admirais à la fois son énergie vitale, son imagination pour concevoir
des projets et sa volonté pour les faire aboutir. En la voyant parler aux autres
et agir pour eux, j’ai mesuré la femme de cœur qu’elle était.
Je la voyais en même temps soutenir à bout de bras son mari gravement
atteint. Elle a été pour beaucoup dans son étonnante guérison et nous nous
sommes réjouis de les voir reprendre, pour un temps, une vie normale après des
mois de cauchemar.
Malheureusement, elle a tellement donné d’elle-même, à cette époque, tout
en cherchant à garder pour elle ses soucis, qu’elle a fourni un terrain propice
à sa propre maladie. Cette maladie, elle l’a combattue, pendant des années, avec
la même énergie qu’elle déployait ailleurs.
La mort de son époux a contribué à accélérer le processus mais, là encore,
touchée en ce qu’elle avait de plus cher, elle a fait face avec une étonnante
dignité.
Ancien chef militaire, je crois savoir
reconnaître chez un être les vertus qui distinguent les personnes qui font du
bien au monde… et les autres.
Colette était du 1° type. Avec discrétion, elle a fait partie des
Françaises qui font grand honneur à notre pays. Elle l’a bien servi. C’est un
honneur pour moi d’avoir travaillé avec cette grande dame dont la mort
m’attriste beaucoup.
Femme de caractère, femme de cœur, femme de foi, elle est de ceux, très
rares, qui, au moment où ils quittent le monde, font penser à la parole de Saint
Paul :
« Je me suis bien battu. Je suis allé jusqu’au bout de ma course. J’ai été
fidèle. »
Nous garderons sa mémoire et son exemple.
Il y a cinquante ans, la famille représentait la Pierre d'Angle de notre société. Doit-elle aujourd'hui être considérée comme une structure obsolète, la survivance d'une époque, sinon d'une civilisation disparue ? Notre réponse est évidemment non, c'est précisément ce non qui nous a conduit à fonder Famille et Liberté et, si vous partagez nos analyses, à vous demander de nous rejoindre avec tous ceux qui pensent que la Renaissance passe d'abord par la Renaissance de la famille.
La crise et la Famille
Jusqu'à une époque relativement récente la famille a toujours constitué l'épicentre des influences convergentes d'amélioration et de valorisation de la personne humaine mais à l'inverse aussi, celui des forces centrifuges qui pouvaient atteindre l'homme et ruiner son humanisme. Elle constituait donc une garantie de sécurité et d'authenticité pour ses membres mais aussi son système de régulation comportementale et d'auto-contrôle. Le système était entretenu par la transparence que la famille générait sur l'identité, la valeur morale, humaine et sociale des personnes et les sanctions qui en pouvaient résulter.
Il est évident qu'un tel contexte rendait impossible tout asservissement des individus organisé dans un système collectiviste ou fasciste. La famille devenait donc aussi bien pour les nazis que pour les marxistes l'obstacle incontournable à l'avènement de ces dictatures. Elle devait donc disparaître.
L'évolution sociale résultant de l'innovation et de la transformation des techniques, en dilacérant les structures traditionnelles de vie devenait une sorte d'allié objectif de cette disparition, permettant de conduire cette entreprise de démolition en toute légalité et en toute bonne foi, dans le cadre de la pensée unique et du "politiquement correct". Deux mesures simples, voire populaires, furent ainsi instituées et systématisées dans un véritable programme d'hygiène et de modernité sociale.
Ce fut la socialisation des femmes-mères par le travail extérieur généralisé. Ce fut ensuite l'hypersocialisation de l'enfant désinséré très tôt (à l'âge de deux ans) du foyer familial puis propulsé dans un processus dispersant et déconnectant d'une scolarité recentrée loin des structures parentales.
Réduite à sa plus simple expression, la famille, aujourd'hui, ne regroupe plus que des survivants du monde moderne et c'est souvent l'écran de télévision qui y fait office, deux ou trois heures par jour, de lieu géométrique des rencontres et d'intimité sur fond d'onomatopées.
Ainsi débarrassé des contraintes, chacun peut dans la permissivité aller son chemin, tandis que la licence tient lieu d'une liberté qu'on croit avoir conquise de haute lutte alors que ce n'en est qu'une caricature dégradée et, hélas, souvent dégradante. La dévaluation sociale du père, sa dévalorisation systématique, sa déqualification - quand il n'est pas absent, voire inconnu - ont achevé l'ouvrage.
L'individu a perdu son point d'appui naturel, la famille. Il est seul ou récupéré par un groupe de substitution tel que "les bandes" où s'impose la seule morale de résurgence, l'agressivité et la violence.
Aux pulsions d'agressivité succèdent naturellement les processus de dérive par échappement, égarement, délinquance et toxicomanie, puis enfin le désespoir.
Telle est la Crise. Il s'agit bien d'une crise de spiritualité. Elle recouvre la faillite des idéologies qui laissent derrière elles la désolation de la "terre brûlée".
Un ressaisissement est-il possible ?
Nous pensons que oui, mais au prix d'un effort long et difficile dont la famille doit être le pivot.
Il est bien entendu qu'il ne s'agit pas de réinventer le XIXe siècle. En revanche, il importe de mettre en œuvre un processus d'actions positives à large impact sur le contexte social actuel. L'établissement d'un inventaire des urgences pourrait permettre d'actualiser suffisamment de principes motivants pour faire écho aux aspirations profondes des individus et établir un cadre de résonance propice à l'épanouissement des personnes et à l'expression de leur liberté. C'est notre but.
Les fondements de l'éducation, du civisme et de la morale individuelle ne peuvent être établis et consolidés qu'entre des parents et leurs enfants. Ces derniers ne peuvent se livrer sans transition à la découverte d'un autre type de territoire social que dans un cadre inventorié et chaleureux, où les enfants se sentiraient appartenir à leur famille et où les parents seraient des éducateurs prioritaires et responsables.
Professeur Pierre
Canlorbe
Recteur Pierre Magnin
Décembre 1995